Édition : Gallimard (grand format, 12 Janvier 2012)
ISBN-13: 9782070639045
Sa critique : Ce roman est une exploration de la richesse et de la virtuosité des mots. L'intrigue est secondaire: Mina, perturbée par la mort de son père, quitte l'école et reste chez elle où sa mère lui fera l'enseignement...
Citer...[lire la suite] des phrases de ce roman serait superflu, tant l'auteur joue avec celles-ci et les mots qui la composent. Le sens propre et le sens figurés s'en donnent à cœur joie. Mina se sert d'eux comme des balises de sauvetages. Ils l'empêchent de ne pas sombrer et de considérer la vie autrement, de façon plus poétique, et plus mystique aussi.
Mina envisage l'écriture comme une forme d'Arthérapie, et tant pis si, aux yeux des autres, elle paraît vraiment étrange. Ses semblables ne l'intéressent pas; elles se les représentent souvent comme des ennemis potentiels... Dès lors, les mots ne sont-ils pas porteurs de solitude?
L'école est une prison qui empêche Mina d'utiliser l'écriture comme un réel moment de liberté. Elle n'entre pas dans le moule, tant pis....pour les autres!
Ce roman fait la part belle à l'écriture et aux mots dans ce qu'ils ont de plus intrinsèques. Or, avec une intrigue minimaliste qui n'avance pas beaucoup, pas sûr que ce roman exalte un jeune lecteur. Dès lors, il faut davantage considérer ce livre comme une expérience de thérapie possible pour "lisser le chagrin" de la perte d'un être cher.
Déroutant.
vivi
Édition : Belfond (grand format, 7 Février 2013)
ISBN-13: 9782714454164
Sa critique : Underground n'est pas un roman, c'est un recueil de témoignages des victimes de l'attentat au gaz sarin dans le métro de Tokyo le 20/03/1995, ainsi que ceux d'anciens adeptes de la secte Aum. Et, particulièrement intéres...[lire la suite]sant, l'auteur y ajoute une réflexion sur l'importance de la narration dans la propagande sectaire.
Parce qu'à cette époque il vivait loin de son pays natal, parce qu'un sentiment de culpabilité es né, mais aussi et surtout parce qu'il avait besoin de comprendre comment un groupe d'hommes ait pu en arriver là, Murakami est retourné au Japon; il y a rencontré des témoins majeurs du drame et a recueilli leurs impressions sur ce qu'ils ont vécu. Ainsi, la première partie du livre, souvent redondante, n'est qu'une succession sur ce qui s'est passé ce matin là, après que les terroristes ont percé les poches remplies de liquide sarin. Le lecteur, incrédule, a l'impression d'assister à la reconstitution des faits, tant les témoignages sont précis:
"Personne ne prenait les choses avec calme. Personne ne s'occupait même des malades. Tout le monde nous a abandonnés."
Même malades, mentalité nippone oblige, les victimes se présentaient au travail pour ensuite se diriger vers l'hôpital le plus proche...
"Je suis resté déphasé" avoue Murakami lorsqu'il apprit l'attentat via les infos. Dès lors, plusieurs questions le taraudent: que s'est-il vraiment passé? Qu'avons-nous appris de cet épisode choquant? Et plus personnelle: "Pourquoi ai-je détourné les yeux du culte Aum"?
En effet, la secte Aum faisait partie du paysage urbain. Il n'était pas rare de voir un de leurs groupes déambuler dans les rues distribuant des tracts. A chaque fois, l'auteur détournait le regard, comme pour se persuader que cette scène n'existait pas:
"J'éprouvais à ce spectacle une terreur indicible , un dégoût qui dépassait l'entendement. Je n'ai pas pris la peine de réfléchir en profondeur à l'origine de cette terreur, je ne me suis pas demandé pourquoi ces membres du culte étaient parmi les dernières choses que je voulais voir."
Au delà de la culpabilité sur son propre comportement, il analyse comment Asahara, leader du culte a réussi à embrigader des gens pourtant d'intelligence normale. En partageant "ses idées et ses images, il a fourni une narration à la secte"; stupéfiant!
La dernière partie est consacrée aux anciens adeptes d'Aum. Ces personnes ne regrettent pas l'expérience, mais ne cautionnent pas l'attitude de leur hiérarchie. Tous ont plus ou moins le même profil: ils étaient à la recherche de spiritualité, de rupture avec la vie séculière, de croyance en une fin du monde prochaine; l'ascétisme et la vie en collectivité s'ouvraient à eux...
Murakami s'est aussi intéressé à cet attentat car il a eu lieu sous terre, et cet espace l'a toujours fasciné. Déjà, dans "La fin des temps" et "Chroniques de l'oiseau à ressort", il envisageait la possibilité d'un monde sous nos pieds. Souvenez-vous des Ténébrides, peuple fictif aveugle se nourrissant de chairs en décomposition!
Enfin, on retrouve plusieurs échos avec la trilogie 1Q84 mettant en perspective l'intrigue du roman: le rôle d'un leader sectaire et son aura, la possibilité d'une part obscure en chacun de nous (les Little People), la vie en vase clos, loin de tout, au pied des montagnes, tournée vers un culte apocalyptique..
Underground est un ouvrage intéressant à plus d'un titre, peut-être parfois répétitif, offrant une véritable réflexion sur la propension humaine à croire à l'improbable.
vivi
Édition : 10-18 (poche, 17 Janvier 2013)
ISBN-13: 9782264057433
Sa critique : Malgré les points communs, malgré les homonymies, l'auteur a écrit les mémoires fictifs d'un homme dont la vie se résume à "l'incapacité de ne pas boire."
Certes, les moments de sobriété existent, mais ils fur...[lire la suite]ent provoquer par des internements à Avalon Valley où, traité par insuline ou électrochocs, le narrateur se demande vraiment quel est le pire entre la boisson et la thérapie...
Le Fred Exley du livre ne s'aime pas et n'aime donc pas ce qu'il fait, ce qu'il décide, ce qu'il dit. Paradoxalement, il est doté d'un ego surdimensionné, sûrement hérité du père, si bien qu'il ne conçoit pas une vie réussie sans "ce besoin d'entendre [son] nom chuchoté avec révérence."
Alors, il multiplie les petits boulots alimentaires, persuadé que le succès viendra avec l'écriture. Or, pour cela, il faut écrire, et surtout trouver LE sujet, l'angle d'attaque. Trop tiraillé par ses démons, Fred boit:
"Au bout d'un moment, je finis par comprendre que je passais mon temps à contempler le monde à travers le bulbe bordeaux d'un verre de vin."
Il boit parce qu'il ne supporte pas le monde qui l'entoure. La sobriété est pour lui une menace:
"Au bout d'un mois d'abstinence, je voyais le monde avec une telle acuité que cela en devenait insoutenable, j'étais maladivement clairvoyant avec des aperçus de l'univers dont je me détournais immédiatement."
Très vite, le boulot manque; seule sa passion des Giants le sauve "de l'holocauste" de sa vie. Ainsi, il passe plus de six mois avachi sur le canapé maternel à refaire le monde devant la télé, tout en y trouvant un geste grandiose dans cette attitude:
"Dans un pays où le mouvement est la plus grande des vertus, où le claquement rapide des talons sur le bitume est érigé en sainte valeur, rester allongé pendant six mois relève du geste grandiose, rebelle et édifiant."
Fred est un parasite. Même son épouse Patience et la naissance de leurs jumeaux ne le sauvera pas de son destin d'alcoolique. Finalement n'est-ce pas un excellent sujet de fiction?
Il faut lire ce livre à petite dose pour en tirer et apprécier "la substantifique moelle". En effet, Frédéric Exley est un personnage intelligent, alcoolique, assommant, énervant. Il incarne en fait un pan de tous les personnages qu'il rencontre (et il sont légions). Il se dit lui-même "un ivrogne, un rêveur, un être faible, un fou", mais il observe et analyse sa société avec une acuité déroutante, tout comme son propre personnage.
De ce fait, le dernier stade de la soif n'est-il pas, au delà du delirium tremens, un instant de compréhension absolue de tout?
vivi
Édition : L'École des loisirs (poche, 12 Avril 2013)
ISBN-13: 9782211212595
Sa critique : Tim et Tom sont jumeaux. La petite sœur ayant fait passer une nuit difficile à la maman, le père décide d'emmener les garçons en promenade. Les voilà partis au bord de l'eau, sur la plage de Zuydcoote, célèbre pour ses b...[lire la suite]unkers plus ou moins délabrés.
" Les grosses masses de béton des blockhaus semblent tomber sur la plage comme des tortues sans pattes et disproportionnées qui migrent vers l'eau à la sortie du nid."
Ces "forts ruinés" sont des endroits fascinants pour les petits explorateurs. Ils offrent à la fois des cachettes sûres et des couloirs sombres aboutissant à des pièces impossibles à voir sans lampe torche. Bref, c'est le lieu idéal pour jouer à Proie et Prédateur: Tim sera la gazelle qui se cache, et Tom, le léopard des sables qui le cherchera.
Tim se dirige donc vers les ruines pour se cacher.... et revient quelques instants plus tard vers son père et son frère, pâle, incapable de parler, perdu. Qu'a-t-il pu bien voir dans le bunker?
"Papa croit Tim. Il voit l'effroi dans ses yeux. Il demande comment on fait pour se débarrasser de l'effroi. Il dit que l'effroi est comme un dragon, et il n'y a qu'une seule façon de se débarrasser d'un dragon. Il faut l'affronter."
D'abord réticent, le père décide d'emmener les jumeaux au blockhaus. Autant affronter sa peur pour mieux la combattre. Là, ils se rendent comptent qu'il peuvent être à la fois "des proies et des prédateurs", et que pour certains, la guerre est un jeu, un théâtre.
En peu de pages, l'auteur arrive à aborder des thèmes majeurs tels la peur, la guerre, le mensonge ou le courage. Les personnages sont vraisemblables et jouent chacun leur rôle; ainsi le père est à la fois un guide, un référent, et une incarnation de l'autorité.
Les pistes de réflexion qui se dégagent de l'histoire sont abordables pour le jeune lecteur, même si le titre et la lecture de la quatrième de couverture appellent un dénouement complètement différent: la surprise est donc totale.
Un bon moment de lecture mené tambour battant à partir de 9 ans.
vivi
Édition : H. d'ormesson (grand format, 4 Avril 2013)
ISBN-13: 9782350872193
Sa critique : Http://www.lacauselitteraire.fr/au-nom-du-pere-du-fils-et-du-rock-n-roll-harold-cobert
CritiqueIl y a des romans qu'on entame le cœur léger, intimement persuadé(e) de passer un bon moment de lecture...
Amère déceptio...[lire la suite]n!
Harold Cobert a décidé d'écrire sur la relation père-fils, de cette incompréhension qui se développe entre deux êtres au fil des ans, et qui ne trouve que le silence à défaut d'une tentative d'explication. Cette dernière arrivera, trop tard sans doute, laissant un goût amer à celui qui reste...
L'histoire de Victor, c'est d'abord l'histoire de Christian, son père, issu d'une famille d'ouvriers brinquebalante, promis à un bel avenir de scientifique et qui, par amour du rock n' roll et de la nuit, décide de tout plaquer pour animer des soirées. Il excelle dans ce qu'il fait, cela au détriment de sa vie de couple et de père. Victor, son fils, grandit, avec le sentiment que son père n'est qu'un vieux beauf, un abruti n'ayant jamais vraiment pris soin de lui...
Victor est l'archétype même du gamin unique, narcissique et sûr de lui. Il n'éprouve aucune pitié pour ceux qui ne rentrent pas dans ses critères de sélection, géniteur compris. Christian, en vieillissant, supporte de moins en moins l'attitude de son garçon, et prie en silence qu'il change un jour...
Essentiellement consacré à la vie de Christian, ce roman ne brille pas par son originalité, et est rempli de poncifs. Simplement, même une intrigue éculée peut se lire avec plaisir si le style est soigné. Or, ce n'est pas le cas, l'auteur multipliant les dialogues inutiles, les débuts de chapitres aux phrases nominales pour présenter la scène (temps, lieu, personnages):
" Après la Toussaint et le E en conduite, pendant la récréation du matin, dans la cour du Petit Collège de Saint-Joseph-de-Tivoli, une discussion entre deux écoliers, deux semeurs de trouble ".
Ou :
" 16h45, lycée Saint-Joseph-de-Tivoli. Troisième jour après les vacances de la Toussaint, sortie des cours. Un garçon et une fille discutaient en marchant vers les grilles du grand portail ".
Ainsi, on s'éloigne dangereusement du genre pour dériver vers le théâtre (?), ou l'écriture d'un scénario de série B.
Le fond ne sauve pas la forme et la forme ne sauve pas le fond. A la fin, on se rend compte avoir lu un livre cousu de fil blanc, avec des personnages restés finalement superficiels du début à la fin, et une histoire malmenée.
Cependant, l'honneur est sauf, le titre est bien choisi, dans la veine du précédent roman.
vivi
Édition : Casterman (poche, 4 Juin 2003)
ISBN-13: 9782203372382
Sa critique : "La maturité n'est qu'un leurre, une entrave à notre âme d'enfant."
Sommes nous les "brouillons" de nos parents? Peut-on, avec le temps et l'expérience vécue, comprendre ce qui nous semblait incompré...[lire la suite]hensible dans notre jeunesse?
Hiroshi a accepté sa nouvelle condition d'adolescent, mais en contrepartie il se donne comme objectif d'empêcher le départ de son père, décision qui avait eu beaucoup de conséquence dans la vie familiale. Dans le même temps, la plus jolie file du collège, Tomoko, se rapproche de lui, mettant en péril le cours des événements. En effet, Hiroshi a-t-il le droit de modifier sa propre histoire?
Le jeune homme passe désormais son temps libre avec la jeune fille ou il tente de percer le secret de son père. En effet, il le suit dans ses voyages commerciaux, surveille son attitude, mais rien ne porte à croire à une fugue prochaine...
Son entourage, à force, se rend compte qu'Iroshi a beaucoup changé: il est désormais plus mûr dans ses réflexions, plus doué à l'école, porté par l'alcool aussi. Mais c'est surtout la mélancolie qui envahit le cœur du garçon: celle du passé, celle de sa vie d'homme aussi. Il se surprend à penser à son épouse et ses filles. Les retrouvera-t-il un jour?
Ce tome 2 est aussi passionnant que son grand frère et propose une réflexion de qualité sur l'enfance et le passage à l'âge adulte. Finalement, serait-il légitime et utile de réécrire son histoire si on en avait la possibilité? La vie humaine est remplie de si... et le fait de devoir faire des choix en fait sa richesse.
Passé, présent, avenir, remords, regrets, joie, son autant de thèmes traités avec finesse, et portent tranquillement le lecteur vers une fin remarquable.
vivi