Édition : Casterman (grand format, 11 Avril 2013)
ISBN-13: 9782203068551
Sa critique : "Par une chaude journée d'été, un lion arriva sur la place du marché. Il voulait acheter un chapeau."
La première phrase plonge le lecteur dans une aventure absurde et loufoque, et pourtant quoi de mieux que l...[lire la suite]'impossible pour faire passer facilement un message?
Car dès le début, cet album transmet quantités de messages sur l'être et le paraître, l'amitié, le rejet. Forcément un lion sur une place de village, ça se voit tout de suite et ça crée une émeute. Poursuivi par les villageois, le roi des animaux trouve refuge chez Iris qui le cache au nez et à la barbe de ses parents. En effet, comme tout le monde sa mère pense qu' "un lion gentil ça n'existe pas (...). Un lion te mangerait." Mais Iris est bien décidée à protéger son nouvel animal de compagnie, sauf qu'il est difficile à cacher!
En faisant du lion un être capable de sentiments, l'auteur met définitivement de côté sa dimension sauvage et lui établit une dimension domestique. De plus, ce dernier comprend la situation et préfère s'éclipser...pour revenir en héros!
La couverture de l'album promet de belles images et des couleurs chaudes. Promesse tenue! Les traits des dessins sont volontairement flous, les illustrations mettent en évidence la différence de taille entre le lion et la petite fille. Enfin, le visage du lion est expressif, confirmant la volonté de ne pas en faire un pur prédateur.
Par le biais d'une histoire simple, l'enfant comprendra le message de tolérance et d'amitié.
Un bel album à partir de 4 ans.
vivi
Édition : Alma éd. (grand format, 16 Août 2012)
ISBN-13: 9782362790515
Sa critique : Un homme, une femme, une maison. Celle-ci était, il y a longtemps, le cocon familial du narrateur, le lieu des souvenirs d'enfance quand le père était encore vivant. Lui disparu, une fracture s'est opérée. Il y a un avan...[lire la suite]t et un après. Les souvenirs sont devenus flous, s'estompent, tandis que le fils tente de se reconstruire. La maison a subi les injustices du temps. Maintenant qu'elle est entre de bonnes mains, elle aussi aura droit à une renaissance:
"Il y a de quoi faire. C'est un joyeux chantier. Un peu comme une vie en kit dont les milliers d'éléments seraient éparpillés sur le sol et qu'il faudrait prendre le temps de remonter."
Sous l'œil bienveillant de sa compagne Ema, le narrateur s'approprie jour après jour la demeure, le paysage: "il faut construire. Il faut planter. Il faut réparer. Je veux bien le croire. J'en ai besoin." Assez contemplatif, il prend le temps de tout ordonner dans sa tête, et tente de se souvenir afin de construire un pont entre son enfance et l'âge adulte. Les ronces et les mauvaises herbes doivent laisser la place aux fleurs épanouies:
"Mon esprit est un jardin désordonné. Une friche remplie de coton, de glace, de ronces et de fraises sauvages."
Ici, ça va, se dit-il invariablement. "J'apprends à ne plus écouter la chanson lancinante de mes plaintes. J'apprends à rire plus fort. J'apprends à recommencer."
La vie est un éternel recommencement. Il suffit d'un choc immense pour se sentir exclu de la vie. Il suffit aussi d'un projet pour de nouveau y reprendre goût:
"On arpente sa vie. On choisit un chemin. On s'y habitue. On tente de retenir la route. L'itinéraire (...). Mais on ne connait rien. Les vrais ignorants ignorent leur ignorance (...) Et puis un jour on se rend compte que le monde est plus grand que nos yeux. Et on reste là, perdus. Au bord du vertige."
Le style de Thomas Vinau est une véritable poésie des mots. Ces derniers sont écrits sans fioriture, ramenés à l'essentiel. Les phrases sont courtes, les mots de liaison quasiment absents. Nous sommes dans l'ordre de l'intime; une expression suffit parfois à exprimer toute une émotion, ou le vertige des sentiments qui se bousculent dans le cœur des gens.
La reconstruction du narrateur se fait en accord avec la nature qui l'entoure. Une réelle symbiose se fait. Le petit sentier dégagé au début du roman devient une route franche et belle à la fin.
Ici ça va est le roman de la lenteur, "du prendre son temps" après que la vie a nui... Très bien écrit, tout en finesse, ce petit roman aux chapitres très court se savoure par petites touches pour bien se souvenir de la puissance de ses phrases.
vivi
Édition : 10-18 (poche, 21 Mars 2013)
ISBN-13: 9782264059529
Sa critique : Né en 1929, Jack Levitt est le fruit d'une relation bancale entre deux paumés. L'orphelinat s'est substitué au giron maternel, et plus tard, la maison de correction à l'éducation. Sans amour, ne pouvant compter que sur l...[lire la suite]ui seul, Jack a grandi sans ambition, avec des bouffées de haine et des envies de meurtre envers autrui qu'il a transformés en dégoût envers lui-même.
L'enfermement et l'isolement l'ont rendu dingue, ont fait de lui un jeune sauvage, proche de l'enfant de Dieu décrit par Cormac Mc Carthy dans son livre éponyme, sauf que Jack ne refoule pas sa part d'Humanité, sentant qu'il a droit à une place dans la société, toute petite soit-elle. La perte de fierté et de dignité subie lui ont retiré son estime de soi et "le droit de se penser en tant qu'homme", mais devenu adulte, il faut se réveiller, réorganiser sa vie:
" Comment se réveille-t-on? C'était une chose de savoir qu'on passait sa vie endormie, mais s'en était une autre de s'extirper de ce sommeil, de se prouvait qu'on était vraiment en vie et que ce n'était pas la faute de personne sinon la sienne. Bien sûr là était le problème."
Dehors signifie pour Jack "une fuite romantique vers la liberté". Vivre au jour le jour sans rien devoir à personne; vivre de petites combines avec de vagues connaissances et une femme de petite vertu à portée de main; tenir enfin grâce à l'alcool: "tout finit par vieillir quand on rêve trop longtemps; tout sauf l'alcool, parce que, avec l'alcool, on pouvait toujours vomir et recommencer à zéro."
Or, cette vie mène invariablement à la prison. Le système le rattrape, le condamne pour un crime qu'il n'a pas commis, et décide de le broyer.
Paradoxalement, cette période sera salutaire; il y retrouve Bill, un ami de jeunesse. Petit à petit, l'amitié va se transformer en amour sincère. Jack va comprendre ce que le terme amour implique, trop tard peut-être, mais une fois sorti, il saura que "plus il aimait, plus il était aimé, meilleure en devenait sa vie". Ainsi, la haine, la vengeance s'estompent pour laisser de la place à un sentiment tout nouveau pour lui:
"Enfant, Jack n'avait pas connu l'amour; il n'avait même jamais été apprécié. Ce qui l'avait presque détruit. Il n'était rien jusqu'à ce qu'il connaisse l'amour."
Les auteurs américains savent raconter des histoires . Ce roman est l'archétype même du roman d'initiation avec un personnage central que la vie n'a pas épargné depuis le début, antihéros promis à une vie "à côté", et qui pourtant, va se battre avec ses pauvres moyens pour se donner la possibilité d'une vie "normale". En arrière plan, l'auteur propose une réponse à "peut-on avoir des valeurs lorsqu'on n'a pas été éduqué?", et le constat est saisissant de finesse et de cruauté aussi.
L'amour est là où on ne l'attend pas, donne l'envie de vivre et d'être libre, mais n'est pas assez puissant pour être sauvé de tout.
Gros coup de coeur
vivi
Édition : Actes sud (grand format, 7 Janvier 2013)
ISBN-13: 9782330014100
Sa critique : "Que ces êtres soient des parents, des amis ou des amants peu importe, l'inconsolable solitude est toujours la même quand on réalise qu'on est devenu deux étrangers."
Les étrangers, ce sont Elise et son père. ...[lire la suite]Sept ans de silence, puis un coup de fil: le père somme la fille de le rejoindre à Marrakech. Bêtement prise par son propre mensonge pour faire garder ses enfants par son futur ex-compagnon, Elise décide de faire le voyage par la route. Le périple lui donne le temps de se souvenir de ce père tyrannique, agréable en public mais odieux en privé. Sa jeunesse se résume à une violence verbale inouïe de la part d'un homme, mari infidèle et père peu aimant. La mère faisait tampon, enjoignant ses enfants à considérer ces mots de haine comme des mots d'amour... Adulte, le fils, Paul, a pris de la hauteur, au sens propre comme au sens figuré. Passionné d'escalade, il parcourt le monde, tutoyant les sommets. Elise, elle, a coupé les ponts, car seule la rupture est apparue comme une solution. Adulte, elle n'a jamais réussi à voir "autrement son père que depuis une taille d'enfant". "Rien de ce que j'ai fait de ma vie ne m'a libérée de ma peur que j'avais de lui", s'avoue-t-elle. Et pourtant, un coup de fil de lui, et elle part le rejoindre!
"On ne peut rien contre les pères. Jamais rien. Ils ont la force implacable des éléments."
Deux étrangers est un voyage dans le temps et dans l'espace. Le voyage d'Elise est salutaire. Les paysages lui procurent une paix de l'esprit dont elle grandement besoin, car sa vie avec Simon, le père de ses enfants, est devenue très compliquée. Ne sont-ils pas en train de devenir aussi deux étrangers l'un pour l'autre?
Fuir.... Verbe de tous les possibles, synonyme pour Elise de paix et de liberté. Son voyage vers son père, elle le fait dans sa vieille R5, personnage à part entière, point d'ancrage, refuge des souvenirs heureux:
"Je ferai ce voyage tranquillement au rythme qui sera le mien, ou plus exactement à celui de la R5 de ma mère, mais c'est un rythme idéal car ma mère a toujours été la seule personne au monde capable de m'ouvrir un chemin vers mon père."
Cette voiture, c'est un peu sa mère disparue qui l'accompagne. En effet, pourquoi ce désir soudain de la voir après sept années de silence?
Dans ce roman tout en finesse, Emile Frèche propose une variation sur le titre pour finalement poser un constat simple: le père tant craint est aussi un étranger pour lui-même...
Rempli de fulgurances littéraires, le récit tente de comprendre un homme, pervers narcissique, et explique aussi que les mots peuvent être aussi violents que les coups:
"Il fallait lui pardonner la violence de ses mots. Car les mots n'étaient rien. Les mots n'étaient pas des actes, quand il n'étaient pas écrits, ils ne laissaient aucune trace."
Dès lors, cette phrase de Balzac dans La peau de Chagrin me revient: "En France, nous savons cautériser une plaie mais nous n'y connaissons pas de remède au mal que produit une phrase."
Belle lecture...
vivi
Édition : L'École des loisirs (poche, 12 Avril 2013)
ISBN-13: 9782211213219
Sa critique : Dans une petite ville inconnue rongée par la crise, dans une rue où les voisins en âge de travailler partent les uns après les autres, se dresse la maison de Sara et ses parents, en face de la décharge municipale. Cet en...[lire la suite]droit est un havre de paix au milieu du chaos ambiant et le jardin reste entretenu. La famille a même recueilli la grand-mère depuis que l'huissier lui a saisi son appartement. Elle vit désormais au fond du jardin dans une cabane aménagée...
Sara est une petite fille assez solitaire. Un peu par défi et surtout par vengeance que ses parents n'aient pas considéré son acte de ranger sa chambre comme un acte exceptionnel, elle décide d'être végétarienne.
Végétarienne est un mot qui lui plaît d'ailleurs: "elle rayonnait. Ce mot lui allait bien. Comme un vêtement original et magnifique. Elle n'était plus seulement une fille et une élève, elle avait un truc bien à elle." D'ailleurs, sa grand-mère la soutient dans sa démarche, tout en lui précisant qu'on peut manger de tout à partir du moment qu'on en connaît l'origine. En effet, "manger est le propre de la vie", alors respecter un strict régime alimentaire est un peu ridicule...
Pour convaincre sa petite fille, elle lui raconte une étrange histoire: "Il y a longtemps, les légumes étaient des animaux comme les autres.. Mais ils étaient paresseux, alors ils ont pris racine. Tu peux voir leurs ancienne bouche et leurs membres, leurs yeux."
Exaltée et convaincue, Sara décide de faire honneur à leur ancienne condition en créant un zoo des légumes dans son jardin. Non seulement elle se heurte à l'incompréhension des enfants de son âge, mais aussi à la précarité de ses "nouveaux prisonniers"; très vite leur aspect change, même s'ils reçoivent tous les soins.
Au delà de cette gentille petite histoire, l'auteur tente de convaincre les plus difficiles à table. En effet, il file la métaphore du légume comme ancien animal, et insiste sur le fait qu'il faut manger tous les légumes afin de pouvoir "conserver l'équilibre des forces" entre eux. Finalement, au lieu de rester des "êtres vivants retenus prisonniers par leurs racines", ne faut-il pas mieux être dégustés pour pouvoir goûter à la liberté?
Enfin, la question de vie/mort est soulevée en filigrane sans pour autant s'appesantir.
L'histoire est originale, drôle, et incite le jeune lecteur à la réflexion.
Bonne lecture!
A partir de 8 ans
vivi
Édition : P. picquier (poche, 22 Janvier 2010)
ISBN-13: 9782809701470
Sa critique : L'intrigue est nébuleuse, voire inexistante, mais l'essentiel n'est pas là. En permettant au lecteur de suivre les pérégrinations d'un homme dans un des deux plus grands parcs tokyoïtes, l'auteur a désiré avant tout, ave...[lire la suite]c les mots, retranscrire une ambiance, un art de vivre.
Les rencontres se font au détour d'une allée et restent superficielles. On ne connaît même pas les noms des deux personnages récurrents (un homme et une femme). Après avoir échangés quelques mots dans le métro, ils se retrouvent le midi dans le parc où ils parlent de la vie, leurs sensations, les gens qui passent. ..
La seule véritable réflexion se fait à partir du slogan d'une pub "Même après votre mort, un partie de vous continue à vivre." Autour du thème du don d'organes et ce qu'il génère, le lecteur prend du recul et assimile le parc comme un véritable poumon ou un cœur palpitant.
Ainsi, les excentriques rencontrés opposent un contraste avec le sérieux des salary man. Mais c'est ça aussi la réalité urbaine, la possibilité de croiser toutes sortes de gens dans un espace relativement réduit.
Enfin, alors que le jeune homme reste dans un périmètre bien précis (il vit chez une amie alors que son appartement est à deux pas) et multiplie les rencontres et les échanges dans le parc, son double informatique voyage.... d'où la question "étrange et pénétrante" du moi et du surmoi mobile.
Ces 115 pages méritent qu'on s'y attarde et surtout ne souffrent pas d'un point de vue trop "à chaud". Il faut du temps pour considérer toute la teneur du contenu.
vivi