Édition : Belin (poche, 15 Mars 2013)
ISBN-13: 9782701175393
Sa critique : Ituk va enfin avoir dix huit ans. Pour fêter son anniversaire, pas de sortie en boîte avec les copains, ni de virées en voiture, difficile quand on est Inuit... Etre Inuit et atteindre cet âge c'est devenir un homme. Et ...[lire la suite]pour le prouver à tous , il faut affronter l'ours blanc, le nanook.
Accompagné de son grand-père Kenny et de ses douze chiens de traîneaux, il part à la rencontre de cet animal emblématique. Sur le chemin, la nature lui rappelle souvent qu'il n'est rien face aux éléments: froid, faim, neige, animaux dangereux... Heureusement l'aïeul est là pour le guider et lui apprendre à affronter l'adversité de la meilleure façon possible.
"Ces moments difficiles, le peuple Inuit les traversait depuis des millénaires. Ils effectuaient inlassablement une sorte de transhumance , conduite par la migration des troupeaux d'animaux. Partis il y a environ quinze mille ans de Mongolie, ces peuples avaient foulé la Sibérie, le détroit de Béring, l'Alaska, puis le Canada et le Groenland."
François Beiger a longtemps vécu parmi ce peuple qui a su préserver ses traditions. En racontant les aventures d'Ituk, c'est aussi ses souvenirs et les us et coutumes Inuits qu'il explique. Transmettre, expliquer sont les maîtres mot de cet ouvrage intelligent, instructif et vraiment dépaysant.
Le lecteur accompagne le personnage principal vers le monde de Nannok. Il y apprend des termes du champ lexical du Grand Nord (nordet, serac, etc...), ainsi que des mots en Inuktitut, la langue esquimau. Enfin, la partie didactique ne prend jamais le pas sur la fiction; elle est complètement intégrée au récit et l'enrichit vraiment.
Une belle lecture à partir de 10 ans.
vivi
Édition : Christian bourgois (grand format, 3 Mai 2013)
ISBN-13: 9782267024975
Sa critique : Et si le temps n'était qu'un concept humain destiné à séparer l'avant, l'après et le maintenant?
Les deux protagonistes de ce roman, Peter et son voisin Knupp, ont perdu tous les deux leurs épouses dans des circonstance...[lire la suite]s dramatiques. Depuis que Laura est morte assassinée en bas de chez eux, Peter ne se résout pas à revenir aux choses quotidiennes. Dans son appartement, la vie s' est arrêtée à ce jour de mai funeste. Rien n'a bougé, et le veuf s'efforce de revivre encore et encore ce jour pour trouver l'élément qui pourra le mettre sur la piste du meurtrier.
"Quelque chose n'était pas pareil, mais il ne se savait pas quoi."
La réponse vient peut-être de son voisin, le vieux Knupp. Lui aussi est veuf; son épouse Martha l'a quittée après une longue maladie. C'est un abolitionniste du temps.:
"Le temps ne passe pas, mais tout le reste passe. La nature. La matière. L'Humanité. Mais pas le temps, le temps n'existe pas."
Il croit si fort à cette théorie qu'il a pour objectif de revivre la journée clé où il a perdu son épouse. Pour cela, les détails sont importants: paysage urbain de la rue, jardin, apparence.... Il entraine Peter dans son délire, et tous les deux deviennent des soldats de l'atemporalité.
Ce roman est basé sur un curieux thème, original et très intéressant. L'enquête s'effectue sur une base photographique. La vengeance de Peter et le déni de Knupp nous entraînent vers un dénouement à la hauteur du contenu.
Le temps érode tout; s'il n'existait pas, les événements pourraient être modifiés à loisir. Seuls les processus biologiques tels le vieillissement ou les saisons ne peuvent être contrôlés par le temps. Knupp les appelle des modifications. Dès lors, l'amour peut se retrouver si on peut abolir le temps, nier son existence.
Malgré la complexité de la théorie avancée, ce livre se lit très facilement, sans heurt, tant on est pris par l'intrigue et l'aura dégagé par les personnages. L'enquête s'avère cohérente de bout en bout et nous propose un très bon moment de lecture.
vivi
Édition : Heloise d'ormesson (grand format, 2 Mai 2013)
ISBN-13: 9782350871875
Sa critique : "La moindre histoire crée un tourbillon qui aspire d'autres histoires et en recrache d'autres encore. "
En partant de ce constat, l'auteur nous propose huit nouvelles sur la Bulgarie, l'Occident, l'exil, les s...[lire la suite]ouvenirs.
De ces récits de qualité inégale, se détachent la nostalgie du pays nourricier (l'écrivain, d'origine bulgare vit aux Etats Unis) et le fossé immense entre les traditions et les mœurs de ce pays de l'Est avec les USA.
Quelque soit le thème traité, les liens familiaux sont importants, entretenus, même s'ils s'avèrent toxiques. "Qu'est-ce qui retient un homme à la terre ou à l'eau, sinon lui-même?" Au delà de la famille c'est l'amour de la terre et de son pays qui prime sur le reste.
Cependant, les histoires manquent de souffle et de chutes typiques du genre pour vraiment passionner le lecteur.
vivi
Édition : Gallimard (livrel (Tite-Live), 31 Janvier 2013)
ISBN-13: 9782072480591
Sa critique : Ménile le manœuvre et Joseph sont amis depuis que le premier a sauvé de la noyade le second.Cette amitié qui s'entretient avec peu de mots, se renforce pendant la guerre. Tous deux entrent dans la Résistance, un peu par ...[lire la suite]hasard, comme si c'était une évidence. Pour Ménile, c'est l'occasion de faire autre chose: "il n'était pas qu'une bête qui porte, il voulait apprendre des choses, même s'il ne savait pas précisément quoi." Il devient le second de Joseph, et, à deux, partent souvent en mission. Pour Ménile , son amitié pour Joseph est sacrée, au point qu'il en liquide ses économies pour lui payer un beau couteau, en symbole: "cela faisait de l'argent, beaucoup d'argent. Mais sa pensée n'a pas duré. Il était fier, cela seul importait." Et pourtant...
Les chapitres sont courts, les phrases également, parfois même en suspension. Peu de dialogues car ces deux là n'ont pas besoin de mots pour se comprendre. Sauf qu'un ennemi, largement plus puissant qu'eux, va les détruire: la guerre. La guerre, mais aussi la tristesse, celle qui "ne prend qu'un instant" pour faire basculer une vie.
Le Joseph de la Bible, le fils de Rachel est un homme qui a pardonné. Le pardon est-il possible lorsque la vie de son ami est en jeu?
L'auteur utilise des symboles simples tel un bracelet rompu, un silence gênant, l'étreinte d'un enfant sur une place pour exprimer l'indicible. En seulement 90 pages, on sort de cette lecture secoué, harassé, vivement interpellé, et séduit par la beauté du style.
Pendant les combats est une histoire d'amitié entre deux hommes confrontés à la grande Histoire.
vivi
Édition : 10-18 (poche, 5 Janvier 2012)
ISBN-13: 9782264050311
Sa critique : Qui est Johnny Lim? personne ne le sait vraiment finalement. Tour à tour, le fils unique, l'épouse, et le seul ami vont tenter d'établir un portrait de cet étrange personnage. En fonction de leurs vécus, de leurs souveni...[lire la suite]rs, de leur intimité, chacun apportera "sa pierre à l'édifice", et peu à peu, de nouvelles facettes apparaitront. Et puis, pourquoi s'intéresser à lui finalement? En fait Johnny Lim est l'incarnation de la réussite en Malaisie. Parti de rien, il est vite devenu un homme riche, respecté et craint à la fois, propriétaire de la plus importante maison de plaisir du coin, et surtout, beaucoup de rumeurs circulent à son encontre.
Johnny n'est pas son vrai prénom; il l'a choisi en hommage à Tarzan, son idole: "Johnny Weismuller, américain, musclé, séducteur de ces dames. Johnny Lim: petit, trapu, solitaire, désespérément chauve, mal à l'aise en société."
Déjà, par le choix de ce prénom, cet homme est une antithèse, un paradoxe permanent. Pour son fils, il est "un monstre tuant de sang froid", "un meurtrier", "froid et distant", alors que son meilleur ami, aurait été capable de sacrifier sa vie pour lui:
"L'espace de quelques brefs instants, j'aurais pu mourir pour Johnny. Je l'ai cru. Aujourd'hui, à la lumière profonde de la vieillesse, je sais que je me mentais à moi-même, je n'ai jamais possédé tant de noblesse."
Même son épouse, Snow, issue d'une riche famille, est incapable de le cerner complètement.
Toujours est-il que Johnny est un homme qui a su utiliser adroitement les opportunités qui s'ouvraient à lui, aussi bien politiques que commerciales, et en retirer le maximum de profits, quitte à choquer profondément son entourage:
"C'est donc ici que se trouve la vallée de Kinta, coincée entre collines et marigots. C'est cette vallée qui allait devenir le petit empire de Johnny, c'est là qu'il est né, qu'il a grandi, qu'il a fondé sa famille, qu'il a fini par gagner le respect de ses pairs et qu'il a tout détruit."
En partant du principe que "les détails se perdent dans la narration de l'histoire. Certains faits sont oubliés, d'autres apparaissent. La narration n'est jamais fiable. Elle est, après tout, reconstruite par des êtres humains,"l'auteur propose un récit construit uniquement autour d'un personnage central qui, jamais, ne se révèlera au lecteur.
"La vie est un palimpseste" paraît-il, c'est pourquoi, l'histoire du tristement célèbre Johnny Lim est réécrite en fonction du narrateur qui la raconte. Les variantes sont nombreuses, des épisodes se recoupent, si bien que le lecteur ne s'ennuie jamais, intrigué par cet étrange personnalité.
vivi
Édition : 10/18 (poche, 4 Avril 2013)
ISBN-13: 9782264055699
Sa critique : La cote 400 est le monologue de 90 pages d'une bibliothécaire qui est passée à côté de sa vie. Un matin en arrivant au travail, elle trouve un homme qui a dormi au sous-sol, ayant oublié la veille de quitter les lieux.
...[lire la suite]Cette rencontre va libérer sa parole; elle ne s'arrête plus, trop heureuse de trouver un auditoire obligé de l'écouter.
Cette "femme invisible" explique qu'être bibliothécaire "n'a rien de valorisant", bien au contraire, car "c'est proche de la condition d'ouvrier". Elle, elle voulait être prof, mais sans concours, impossible; alors, en tant que responsable du rayon géographie de la bibliothèque municipale, elle se définit comme une "taylorisée de la culture", passée maître dans l'art du silence et de la manipulation de la fameuse classification décimale de Dewey.
Au fil des ans, son emploi lui a "mangé" sa vie privée: pas d'homme, pas d'enfant, une mère qui lui téléphone une fois par semaine.: "de toute façon, les hommes, les lecteurs, ça n'apporte que du désordre, du désordre. Et moi qui ne supporte pas l'anarchie, j'ai tiré un trait dessus, un trait bien net. Je préfère la compagnie des livres. Quand je lis, je ne suis plus seule, je discute avec le livre. Cela peut-être très intime."
Le lecteur comprend très vite que la narratrice a rempli le vide de sa vie par son travail. Parlons-en du vide! Même les bibliothèques connaissent ce concept, puisque la fameuse cote 400, autrefois cote utilisée pour classer les livres de langues, n'existe plus. Néant total.
Alors, on serait tenter de croire que la bibliothécaire est une incarnation de cette cote 400, cette chimère de la classification de Dewey. Sa parole remplit l'espace laissé vacant...
Enfin, à défaut de voyager ou se sentir bien chez soi, elle préfère être derrière son bureau ou parcourir les rayons, chassant le lecteur lambda indélicat incapable de ranger correctement son ouvrage. La bibliothèque devient alors "un rempart contre l'angoisse"; "pénétrer dans une bibliothèque c'est ni plus ni moins retourner dans le giron de maman" ajoute-t-elle à son interlocuteur toujours muet. Ce lieu symbolise finalement le remède idéal aux maux de l'existence, et tant pis si des hommes tel que Martin, un habitué, ne la voient pas.
Ce court ouvrage donne la parole à une femme qui vit dans le silence: silence de son foyer où elle vit seule, silence dans son travail, lieu d'étude. L'auteur appuie sur l'urgence de cette parole: l'homme à qui la narratrice est censée s'adresser ne parle pas, réagit seulement par des mimiques aux propos tenus ou aux répétitions formulées. Car à trop vouloir parler, la bibliothécaire devient parfois incohérente et paraît assez dérangée au point d'élever au rang de "distinction" ou d'"élévation" un lieu accessible par tous.
Sophie Divry propose une histoire courte et efficace qui changera certainement nos comportements la prochaine fois que nous entrerons dans notre bibliothèque de quartier! :-)
vivi