Un éditeur se livre : rencontre et discussion avec Dimitri Vazemsky

Par Yomu le 04/04/2011 à 10h47 | 16 réponses
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Retrouvez sur ce forum les discussions des participants lecteurs avec l'éditeur et l'auteur de Havre des pas : Dimitri Vazemsky : Alexandraa, Laurence, Johangrz, Sovane, Rougeneige, Atos, Alexmotàmots et Leiloona.

Le 7/04/2011 à 13:58:48

Et voilà, c'est parti, les livres ont quitté la caisse, ici, où ils étaient tous identiques. Dix d'entre eux ont fait une pile, puis un sac, et chacun a pris la route vers un des lecteurs participant à cette aventure au long cours. Chacun a déjà vécu un petit bout de route différent des autres. Le facteur. L'ouverture du colis. Les mains feuilletant rapidement. Remettant à plus tard, ce soir, la lecture. Ou alors tombant dedans, directement. Dans cette alchimie du moment propice, où le livre se dévoile, page à page.
Chaque livre va se faire ouvrir, page par page, ré-exposées pour la première fois depuis longtemps à la lumière du jour. La dernière fois c'était à l'imprimerie, sous les néons, en attendant la reliure. Et chaque ligne va être lue, balayée par le regard, mentalement traduite, réactivée, dans l'esprit, évoquer des images. Le générique prend fin. Arrive le particulier, une expérience propre de lecture. Chaque livre devient unique. Page cornée. Note de marge. Chacun va le faire sien. A sa manière.
Et se retrouver ici.
A partager le lu.

Bonne lecture!

Le 7/04/2011 à 14:20:30

Bonjour Myrtide, j'attends « Havre des pas » avec impatience !

Le 7/04/2011 à 19:54:22

Je viens de commencer "Havre des Pas". Une très très belle plume.
Une poésie en prose. Partir, rester, se laisser aller, rêver, revenir.
Le voyage est là, la mer est à porter. Partir, hésiter, renoncer, recommencer, reprendre l'élan, et les mots toujours qui viennent. Les images.
Je ne suis qu'au début de ce livre et je sais déjà qu'il me restera.
Une petite question à l'éditeur : pourquoi n'y a t il pas de numérotation des pages. Un choix. Mais le "pourquoi"?
Le format ainsi que la qualité du papier choisis sont de bons compagnons. Format carnet de voyage. Excellent.
Cette aventure qui nous est offerte pas LIBFLY et Les Editions nuit myrtide est très prometteuse. Merci à eux et surtout à l'auteur Dimitri VAZEMSKY. Grand voyageur et merveilleux conteur.
Je continue le voyage " dans les courants d'air du temps" !

Le 8/04/2011 à 09:59:37

Un café. J'enfile la casquette d'éditeur (mais aussi de lecteur) pour répondre à la question sur l'absence de numérotation des pages. Je trouve ça laid...
Et quand on aime on ne compte pas!
J'aime ce "blanc tournant " autour du texte. Une marge immaculée... pas une bouée numéraire à l'horizon qui me rappelle un écoulement par trop régulier, j'ai le temps de lire, de m'arrêter, dans la lecture... de m'y perdre. Le bloc texte n'est pas ponctué par un chiffre. Carré dans un carré.
Et le texte se retracte à la citation, "voyez page 26...", la saisie devient impossible, ou alors recompter, les pages, une à une, et assumer ce comptage, ce passage par le chiffre, là où l'on aurait pu rester dans les mots, "tu sais ce passage ou il dit..." et tenter de redire, en ayant perdu la source...
Sans la numérotation, le livre se coupe d'une utilisation "efficace", scolaire, universitaire.... ou alors de forum: le collectif ne passera pas par une référence de page commune... si on ne peut faire une référence précise on est presque obligé de recopier, de situer autrement, de citer la phrase, dans son entier... j'imagine érik satie ponctuant une gymnopédie par des marqueurs temporels... des "bips" toutes les 5 secondes pour marquer le temps passé...
Il y a également un rapport à l'espace du livre, non partitionné, au texte par delà la pagination, à la mécanique intérieure du roman qui n'est peut-être pas aussi linéaire que les numéros de pages le laisserait entendre... on est dans un espace de respirations, avant, après, rappels, renvois...
Et puis il y a la perte de repères, la perte dans le livre même, à tourner, feuilleter, à rechercher cette page où, tomber sur autre chose, relire une autre page, le lendemain, ne plus savoir, la lire différemment... toutes ces opportunités qu'un numéro de page vite repéré permet moins d'expérimenter...

Le 8/04/2011 à 19:09:05

"La lettre est posée là, par terre, sur le paillasson près de l'entrée, illuminant d'un carré blanc l'obscurité du couloir"

Le 8/04/2011 à 21:36:00

Merci myrtide pour cette réponse qui est en parfait accord avec l"esprit du livre.

Le 9/04/2011 à 20:10:16

Ton livre m'a accompagné pendant 48 heures. Sa lecture jette un éclairage nouveau sur les propos que nous avons échangés ensemble l'autre jour. Le temps de mettre tout ça au propre et je vous soumets, à toi et aux lecteurs de Libfly, mes quelques impressions de promenades !

Le 10/04/2011 à 09:07:36

Il faisait un temps magnifique hier.
Un thé, sous le parasol, et en route pour suivre les pas de Hugo. Guernesey, les masques, une écriture poétique exigeante.
Mais quel beau livre.
Un marque-page comme un tableau.
Tout était là.

Le 11/04/2011 à 21:25:00

Bazar du jour:
une expo s'ouvre, chez Hugo, place des vosges à Paris... sur les Hugobjets!
Au prochain passage par Paris, je vais faire un détour!

http://www.paris.fr/loisirs/musees-expos/maisons-de-victor-hugo/exposition-les-hugobjets/rub_5852_actu_98160_port_24601

Le 11/04/2011 à 22:02:21

Le message de Johan citant: "La lettre est posée là, par terre, sur le paillasson près de l'entrée, illuminant d'un carré blanc l'obscurité du couloir" m'a rappelé une phrase écrite il y a peu... je vous mets ici le paragraphe. L'image est extraite d'un film. Qui trouvera le film en question?

"L’homme m’est sympathique. Je m’identifie à lui. L’imaginant… seul dans sa demeure, assis en tailleur. Dans une tout autre position, je n’aurais pas pu mettre en avant ce 5/5: (Seul dans sa demeure / Assis en tailleur). Assis sur le tapis, vêtu d’un penjabi blanc (comme le mien, acheté une veille de noël, dans un marché couvert de calcutta à la fin du siècle dernier) et répétant un vieux raga, apaisant, sur sa cithare. A moins que ce ne soit une vinah.

Une lettre arrive par la poste, glisse à travers la boîte à lettres, sur le sol moquetté, à deux pas de lui. Une invitation. Un quiproquo."

Le 12/04/2011 à 10:41:11

J'ignore de quel film il s'agit mais je reconnais bien là ton goût pour une certaine musique du hasard. Ce même goût que je souligne dans la petite critique de "Havre des pas" que je viens de mettre en ligne.

Le 23/04/2011 à 15:40:48

Bonjour

Je ne vous serais malheureusement d'aucune utilité pour le titre de ce film
Je voulais revenir sur le thème du hasard, ou des coïncidences, qui constitue le fil conducteur de ce roman. J'ai eu souvent l'occasion de faire l'expérience du phénomène que vous décrivez dans votre livre, et qui semble guider nos actions dans une direction inconnue, mais nécessaire. Je trouve que cela donne à votre texte une cohérence et une justification tout à la fois. Je souhaitais dire quelques mots sur le réseau de correspondance qui s'est manifesté lors de la lecture de votre livre. L'ayant reçu je me hâte de finir celui en cour, « Le règne éphémère de Pépin IV », de John Steinbeck, qui se termine sur l'évocation d'un homme fumant une lucky strike. Quelle n'est pas ma surprise, ouvrant « Havre des pas », de tomber, dès les premières pages, sur une image identique et qui lie désormais ces deux ouvrages dans ma mémoire. D'autre part il me semble que je n'avais jamais entendu le nom de Guernesey et, alors que j'avance dans ma lecture, je reçoit divers mails qui m'invitent à visiter cette ville. J'hésite alors entre stratégie commerciale offensive et réelle manifestation de « hasard objectif », jusqu'à ce que, cherchant quelque chose à lire après avoir terminé « Havre des pas », je choisisse le texte de Burrought, consacré à Thoreau, dans lequel l'auteur, à l'occasion de l'affaire John Brown, revient sur l'exil d'Hugo à Guernesey. Étrange non !
Sinon j'avais un question, pourriez-vous me dire pourquoi les mots quelquechose et quelquepart sont écrit de cette façon, j'ai d'abord pensé à une coquille mais au vu de la fréquence d'apparition de ces termes je pense que cette orthographe fait sens pour vous.
Merci en tout cas de m'avoir permis de découvrir à la fois une maison d'édition et un auteur !

Le 2/05/2011 à 01:38:46

Un beau livre, ce Havre des pas, bien écrit, plein de poésie. Ma note de lecture est sur mon blog http://laculturesepartage.over-blog.com/article-havre-des-pas-de-dimitri-vazemsky-72928124.html et Havre des pas est dans ma bibliothèque sur Libfly. Un grand merci aux Agents littéraires, à Libfly et à l'auteur !

Le 18/05/2011 à 10:07:43

Belle découverte, hors des chemins battus, comme une errance...
Merci à tous.

Le 20/06/2011 à 01:56:12

Bonsoir à tous. Errance oblige, le message vient de l'Ardèche Cévenole. Je me remets ce soir à écrire une réponse, la première n'ayant pas été prise en compte par le serveur... perdue dans les limbes virtuelles à jamais.
Merci à tous pour les retours, heureux que la lecture fut bonne... et si en plus elle s'est ouverte sur d'autres coïncidences et amène à un passage à l'acte, voyage ou autre, alors là, pour moi, c'est gagné... pour moi ce livre, Havre des Pas, c'est avant tout ça: une invitation à parcourir le monde et se mettre à le lire...

Ah oui, sinon pour la question de Sovane... le "quelquechose" et le "quelquepart" étaient voulus à l'époque, la compression du mot soulignait l'éloignement du sens premier, comme dans "il est parti quelque part" je ne vois plus vraiment le sens de "part", quel qu'il soit... le patois picard joue aussi sans doute un peu, "kékpart" ou "kékcosse"... "un tiot kékcosse"... le mot est compressé, passe d'une locution à un adverbe presque pur... "Un petit quelquechose"
Et comme en plus on ne les met même plus au pluriel...
"Quelques choses sont arrivés..." et "Nous sommes partis quelques parts"...bref...

Préparez vous début juillet à recevoir le second ouvrage des éditions nuit myrtide...

à suivre

dimitri vazemsky

Le 22/06/2011 à 19:17:05

Que ce qui nous bouge est vague et aussi folie quelque part. Folie de suivre ce vague parce qu’on ne sait ni s’il est fondé, ni si on le reconnaîtra, ni si il mène effectivement vers ailleurs que là où on est, s’il n’est pas une illusion. Et cela d’abord nous bouge du dedans pour aller à la rencontre de ce qui nous traverse et nous prolonge qu’on pourra appeler paysage et qui englobe le monde des mots aux images, des souvenirs aux rêves, des arrêts aux élans.

Havre des pas, j’ai lu il y a quelques temps, j’en ai perdu les souvenirs précis alors ce qu’il m’en reste… Cette histoire avec Hugo je sais plus bien pourquoi, comme au réveil parfois vous accroche une obsession sans doute tressée dans la nuit par vous-même mais à part vous et dont ne vous reste alors que la conclusion entêtante : se rendre à Guernesey, aller chercher Hugo là où il a laissé trace. Aller chercher Hugo derrière Hugo. Est-ce que bien sûr on trouve quelque chose d’autre dans ces transports que des fragments de paysage, des objets quelconques, les pages vides d’un carnet auquel on se confie ? Et qu’est-ce que ça bouge en soi de voyager dedans des phrases qui vous hantent et que vous voulez lire à même les choses, sur la façade d’une maison, sur une plage qui a connu un drame ? Je me souviens que c’est courir après les choses, aller de lieu en lieu, accumuler des fragments. Tenir journal. Que le livre ce n’est pas conclusion et grande thèse mais accompagner ces mouvements là. A proprement parler il accompagne l’attente, le projet, il devient territoire lui-même. Un mot en appelle un autre. Un mot est un lieu. Un lieu appelle un lieu. Façon légitime de se mouvoir. Elle en vaut bien une autre. Hugo, c’est une figure. Et le voyage devient, je crois, un peu métaphore du fait d’écrire avec éléments cristallisant, bourbiers, dérives, fantaisies… Et la fiction devient un jeu de jongle. Le paysage est habité de signes qui font qu’il rentre en résonnance avec celui qui y promène les yeux. C’est son genre à lui, Dimitri, de faire jouer les mots jusqu’à l’excès, les un peu facile, les qui tombent juste et puis ceux qui font que le récit se prolonge rebondissant d’une idée sur une autre. Plus souvenir de où il nous mène, j’ai lu d’autres choses qui se mélangent. Du coup va falloir que je relise.