Travail et littérature / Rencontre avec Jean-Paul Engelibert

Par Yomu le 09/12/2011 à 10h29 | 0 réponse
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Travail et littérature / Rencontre avec Jean-Paul Engelibert

Quelle place pour le thème du travail dans l’histoire et l’actualité de la littérature ? Rencontre avec Jean-Paul Engelibert



Mémoires du travail est un pôle de ressources en région Nord Pas de Calais, qui a pour mission la formation, la documentation et l’animation d’un réseau de personnes ressources en région.
Jeudi 8 décembre et vendredi 9 décembre 2011, l’association organisait des rencontres sur le thème Écrire et mettre en scène le monde du travail.

Vous pouvez ici réécouter en intégralité la très intéressante intervention de Jean-Paul Engelibert, professeur de littérature comparée à l’université de Bordeaux 3, concernant l’histoire de la place du travail dans la littérature française et retrouver ici la liste de lecture afférente.François Annycke d'En toutes lettres animait le débat. Le professeur nous a fait la joie de lire des extraits d’œuvres pertinentes pour illustrer son propos.



L’intervention de J.P Engelibert a été passionnante, et surprenante. On y a appris que le travail universitaire sur le thème était très récent, et que le sens moderne des termes « littérature » et « travail » étaient advenus à la même période, au XIXème siècle.
La division traditionnelle d’Aristote entre œuvres nobles et œuvres triviales, que l’on retrouve dans la division au théâtre entre tragédie et comédie, est questionnée à partir du romantisme, qui voit « les premiers pas vers une égalité littéraire », sans que le travail fasse à proprement parler l’objet du livre. Si Georges Sand dresse des portraits de travailleurs, c’est toujours dans la lignée d’une hiérarchie sociale ancrée, contrairement à Flaubert, qui selon le professeur, fait entrer l’égalité dans le roman. Preuve en est sa défense de ‘Madame Bovary’, décrié par la critique bourgeoise, à laquelle il rétorque : « Yonville vaut bien Babylone ».

En miroir de cette intrusion de l’égalité en littérature, apparaît le travail titanesque de l’écrivain pour reproduire le style des personnages qu’il met en scène, du bourgeois au paysan : c’est au prix d’un travail formel exténuant que la réalité peut-être écrite.

Les années 50 jusqu’en 1970 voient un désintérêt prononcé pour la thématique du travail, au profit du tournant formaliste (illustré par la célèbre phrase de Jean Ricardou : » Le récit n'est plus l'écriture d'une aventure, mais l'aventure d'une écriture »).

Il faut attendre les années 80 pour que les auteurs se repiquent d’intérêt pour le travail, les œuvres se succèdent, avec notamment la sortie simultanée L’Excès L’usine de Leslie Kaplan et de Sortie d’usine de François Bon, ce dernier, héritier du courant formaliste mais l’appliquant au monde du travail, détourne d’ailleurs la phrase de Ricardou en parlant de l’usine comme écriture et d’écriture comme usine).

D’autres livres témoignent de cet attrait pour la thématique : La médaille de Lydie Salvayre, faisant alterner parole d’ouvriers et discours officiel de la direction qui remet ses médailles, et encore récemment : Central de Thierry Beinstingel, ancien employé de France Telecom jouant à l’extrême de la novlangue utilisée dans les grandes entreprises, en utilisant que des verbes non conjugués et en faisant ainsi disparaître le sujet. "Ces auteurs retournent la grenade dégoupillée contre l'agresseur" dira J.P Engelibert.
Pôle de résidence momentanée, quatrième saison après restructuration de Mathieu Larnaudie ou United emmerdements of new order ; united problems of cout de la main d'œuvre de Jean Charles Mastéra, se jouent de même de l’absurdité autant que du pouvoir de contrainte d’une langue appauvrie et standardisée.