Édition : Librairie générale française (poche, 5 Mai 2010)
ISBN-13: 9782253129523
Sa critique : Un soir, l'anti-héros, Baptiste Bordave, rencontre lors d'une soirée un individu cynique qui lui donne un conseil hors de propos et saugrenu : si quelqu'un s'avisait de mourir chez vous, n'almertez personne, appelez un t...[lire la suite]axi, et faites en sorte que le décès soit constaté durant le trajet, vous éviterez ainsi bien des ennuis. Le lendemain, un inconnu prétendant être en panne vient chez Bordave sous prétexte de téléphoner, et s'écroule brusquement. Mort... Bordave, sans états d'âmes, n'alerte personne et décide de procéder à une substitution d'identité. Il va donc s'emparer de l'identité du mort, un certain Olaf Sildur, de sa voiture, s'installer dans sa villa, et tenter également de faire sienne son épouse. Celle-ci, le prenant pour un autre, accepte sa présence... Ainsi commence l'histoire.
C'est donc une histoire de faussaires, qui traite d'impostures à divers degrés, et il apparaît clairement que la vie elle-même n'est que gabegie aux yeux d'Amélie Nothomb. Ses personnages ont pour ambition suprême de se noyer dans un flot de champagne et de se maintenir dans une perpétuelle ivresse, sans plus chercher à donner un sens à leur existence, par nature absurde et éphémère. Sans partager les présupposés de l'auteur sur le non-sens de la vie, j'admets la pertinence de son point de vue, mais pourquoi un roman sur le non-sens devrait-il être lui-même échevelé et décousu? La fin laisse le lecteur sur sa faim : le mystère n'aura pas été levé, pas même partiellement. Amélie Nothomb est coutumière du fait : qu'on repense à "Robert des noms propres". Dans ce roman, toutefois, il s'agit d'un private joke, dont l'amitié de la romancière avec la chanteuse RoBERT peut donner les clés. Y a-t-il une clé pour comprendre "Le fait du Prince"? Seuls les initiés risquent de la détenir...
Édition : Actes sud (poche, 2 Septembre 2008)
ISBN-13: 9782742777167
Sa critique : Herma Warner, née à Batavia (actuellement Jakarta), dans les Indes hollandaises, a fait partie de la classe des Occidentaux aisés, dans un monde profondément marqué par les clivages ethniques et sociaux. Lorsque, en 1938...[lire la suite], l'île a été occupée par les Japonais, elle a vu ses parents internés dans des camps du fait de leur statut de colons, et a dû par la suite se rapatrier (ou plutôt s'expatrier !), ainsi que Tjeerd, son futur époux, aux Pays-Bas, au moment de la proclamation de l'indépendance. Bi
en des années plus tard, Herma reçoit une lettre d'un journaliste, qui enquête sur son amie d'enfance, Dée Meyers, devenue une activiste politique sous le nom de Mila Wychinska. La vieille dame est d'abord réticente, car de douloureux souvenirs l'attachent à cette amie perdue, à son mari défunt, et à tout son passé aux Indes hollandaises. Toutefois, un travail spontané de la mémoire se met en place, lié au désir plus ou moins conscient de remettre de l'ordre dans sa vie avant de passer de l'autre côté. Et voilà que les réminiscences affluent. Herma croyait bien connaître Dée, pour l'avoir fréquentée depuis sa prime enfance, mais connaît-on jamais ceux qui nous sont proches ? De fait, il y a toujours eu un décalage entre elles. Toutes deux sont issues de la grande bourgeoisie. Mais, alors que la famille d'Herma est néerlandaise de pure souche, Dée, elle, est une métisse (une aïeule du côté paternel était javanaise), et sa mère, une danseuse polonaise, s'est enfuie alors qu'elle était bébé. A mesure qu'elle grandit, Dée se convainc que sa place n'est pas dans son milieu d'origine, et se rapproche des milieux indépendantistes. Elle s'éloigne peu à peu de son amie Herma, à laquelle elle reproche avec mauvaise foi sa condescendance supposée à l'égard des Javanais ; on devine évidemment qu'elle lui en veut d'appartenir à la caste des colons 100% occidentaux, et que, quoi que fasse l'intéressée, elle lui donnera toujours tort. A l'amitié sincère que lui porte Herma, Dée oppose une attitude hostile, faite de distance, de rancoeur et de rivalité sournoise. Herma et Dée (devenue Mila) se perdront de vue. Tandis que l'une mène une vie calme et studieuse aux Pays-Bas, l'autre voyage, bataille, intrigue, prend fait et cause pour les opprimés et les révolutionnaires du monde entier. Au fur et à mesure, les souvenirs de Herma se précisent, on en sait et on en devine de plus en plus sur Dée et les liens, étroits et douloureux, entre leurs existences respectives se précisent...
Édition : Actes sud (grand format, 2 Septembre 2004)
ISBN-13: 9782742751648
Sa critique : Herma Warner, née à Batavia (actuellement Jakarta), dans les Indes hollandaises, a fait partie de la classe des Occidentaux aisés, dans un monde profondément marqué par les clivages ethniques et sociaux. Lorsque, en 1938...[lire la suite], l'île a été occupée par les Japonais, elle a vu ses parents internés dans des camps du fait de leur statut de colons, et a dû par la suite se rapatrier (ou plutôt s'expatrier !), ainsi que Tjeerd, son futur époux, aux Pays-Bas, au moment de la proclamation de l'indépendance. Bien des années plus tard, Herma reçoit une lettre d'un journaliste, qui enquête sur son amie d'enfance, Dée Meyers, devenue une activiste politique sous le nom de Mila Wychinska. La vieille dame est d'abord réticente, car de douloureux souvenirs l'attachent à cette amie perdue, à son mari défunt, et à tout son passé aux Indes hollandaises. Toutefois, un travail spontané de la mémoire se met en place, lié au désir plus ou moins conscient de remettre de l'ordre dans sa vie avant de passer de l'autre côté. Et voilà que les réminiscences affluent. Herma croyait bien connaître Dée, pour l'avoir fréquentée depuis sa prime enfance, mais connaît-on jamais ceux qui nous sont proches ? De fait, il y a toujours eu un décalage entre elles. Toutes deux sont issues de la grande bourgeoisie. Mais, alors que la famille d'Herma est néerlandaise de pure souche, Dée, elle, est une métisse (une aïeule du côté paternel était javanaise), et sa mère, une danseuse polonaise, s'est enfuie alors qu'elle était bébé. A mesure qu'elle grandit, Dée se convainc que sa place n'est pas dans son milieu d'origine, et se rapproche des milieux indépendantistes. Elle s'éloigne peu à peu de son amie Herma, à laquelle elle reproche avec mauvaise foi sa condescendance supposée à l'égard des Javanais ; on devine évidemment qu'elle lui en veut d'appartenir à la caste des colons 100% occidentaux, et que, quoi que fasse l'intéressée, elle lui donnera toujours tort. A l'amitié sincère que lui porte Herma, Dée oppose une attitude hostile, faite de distance, de rancoeur et de rivalité sournoise. Herma et Dée (devenue Mila) se perdront de vue. Tandis que l'une mène une vie calme et studieuse aux Pays-Bas, l'autre voyage, bataille, intrigue, prend fait et cause pour les opprimés et les révolutionnaires du monde entier. Au fur et à mesure, les souvenirs de Herma se précisent, on en sait et on en devine de plus en plus sur Dée et les liens, étroits et douloureux, entre leurs existences respectives se précisent...
Édition : Gallimard (grand format, 25 Août 2011)
ISBN-13: 9782070134182
Sa critique : L’histoire se passe durant l’été 1976. Le narrateur, Marin, est un jeune garçon de treize ans. Ses parents, paysans en Corrèze, l’ont envoyé passer des vacances au bord de la mer. Il séjourne chez son oncle Abel, brocant...[lire la suite]eur du côté de Royan. Marin a une petite amie, Lisa, âgée de dix ans, qu’il aime très fort. Mais Lisa est une petite fille malheureuse, issue d’une famille dysfonctionnelle. Marin est sexuellement attiré par Mme Contini, la mère de Lisa, ancienne reine de beauté, une femme perverse qui va entreprendre de le déniaiser.
Tous ces personnages accumulent les clichés. Abel, l’oncle, est un bon vivant, un rien bourru, qui aime la pêche, la bonne bouffe et les copains ; souffrant de son veuvage, il force trop sur la boisson. Son ami, le docteur Malik, est un immigré qui souffre du syndrôme de l’exilé (étonnant, non ?) Les parents de Lisa sont des riches qui passent à côté du vrai bonheur. Elle est belle et superficielle (les femmes belles sont forcément superficielles), lui privilégie sa carrière avant tout (comme de juste !). Ils ne s’aiment pas et délaissent leur famille. Mme Contini; vaniteuse et cruelle, traite Lisa avec mépris, et ne veut pas entendre parler de sa seconde fille, atteinte de trisomie, placée à l’année dans une institution. Bien entendu, elle s’affiche avec ses amants, boit comme un trou, fume comme un pompier... Quant au père, il bat sa femme, et s’il ne maltraite pas Lisa, il ne s’en soucie pas beaucoup non plus. Toute l’histoire est moralisatrice à plaisir, et ne nous apprend pas grand-chose. C’est très mal de faire allumer ses cigarettes par sa fille de dix ans, c’est très mal de battre sa femme ou de rejeter son enfant parce qu’il est handicapé, le détournement de mineur est puni par la loi, picoler nuit à la santé... Oui, mais encore ?
Quant à Abel, c’est le personnage le plus énervant, et de très loin. D’abord, où avez-vous vu un gosse de treize ans s’exprimer spontanément d’une façon aussi niaise ? Bien sûr, le récit écrit de son point de vue constitue une transcription littéraire - et non littérale - de ses pensées, mais une telle transcription n’a rien de pertinent. On dirait une rédaction, certes "bien léchée", écrite par un élève fayot pour plaire à son professeur de français. Ou par un écrivain fayot (accessoirement ancien directeur du Monde) pour plaire aux critiques littéraires qui ne manqueront pas de s’extasier devant cette virtuosité convenue. Salmigondis de "fraîcheur" factice, de naïveté surfaite, de fausse spontanéité, de vraie lourdeur dans le style... et de totale méconnaissance de la psychologie enfantine et adolescente. Quant à la syntaxe, je ne sais pas qui a lancé cette mode de supprimer totalement la ponctuation, Saramago ou un autre, mais je constate qu’il ne manque pas de suiveurs !
Édition : A. michel (grand format, 14 Août 2011)
ISBN-13: 9782226229700
Sa critique : Nous sommes dans les dernières années de l'empire soviétique. Dimitri, un savant dissident exilé en SIbérie sous Staline, et sa logeuse Varvara, une communiste bon teint, vivent dans l'attente des lettres de Léna, leur n...[lire la suite]ièce d'adoption. Mariée à Vassili, un pilote de l'armée de l'air, la jeune femme vit au rythme des permissions de son époux, et ne veut rien savoir des missions qui l'occupent. Chacun de ses départs laisse Léna solitaire et désemparée. Les lettres qu'elle envoie à "Oncle Mitia" et "Tante Varia" rappellent à ces derniers la petite fille taciturne et apathique qui ne s'animait que lorsque Mitia l'emmenait faire de grandes promenades à pied dans le Grand Nord. Or, la mère de Léna était issue du peuple nénètse, une population nomade d'éleveurs de rennes vivant dans la péninsule de Iamal ; s'étant éloignée de sa tribu pour épouser un Russe, elle regrettait d'avoir dû renoncer à son mode de vie. N'a-t-elle pas transmis à sa petite fille sa nostalgie ? Mitia et Varia n'ont pas fini de se faire du souci pour Léna, car celle-ci est de plus en plus triste. Vassili, elle le sent, s'éloigne d'elle. Pourtant, c'est elle-même qui a instauré entre eux cette distance, en se murant dans le refus... Bientôt, il lui apprend qu'il va participer à des missions spatiales. Son nouveau métier de cosmonaute fait de lui un héros dans le voisinage. Cette vocation, et les périls qu'elle comporte, font le désespoir de Léna dans un premier temps ; se laissera-t-elle submerger, ou bien trouvera-t-elle en elle-même, dans l'adversité, les ressources qui lui permettront de vaincre sa léthargie et de sauver son couple ?
Un premier roman insolite et prenant, très réussi.
Édition : Fayard (grand format, 17 Août 2011)
ISBN-13: 9782213663050
Sa critique : Dans les films qu'il se projette sur son écran mental, Jim est un héros, il est né dans la Cité des Anges, conduit une Range Rover et évolue dans un univers factice. En réalité, il mène une vie très prosaïque, habite un ...[lire la suite]studio, travaille à temps partiel dans un vidéo-club, et traîne le reste du temps sur le périphérique. Un soir, dans une fête, il rencontre Lou, une jeune paumée aux allures de star. A l'image de sa mère, une ancienne starlette, Lou veut qu'on l'aime, qu'on la désire et qu'on l'admire. Jim veut s'approprier Lou, l'éblouir et la remodeler, en faire sa captive, "la partenaire idéale du road movie". Parce qu'elle est fascinée par les bad boys, et habituée à subir l'emprise d'une mère toxique, Lou entre dans son jeu, le temps d'un été...
Un roman vraiment déconcertant, dont je me suis d'abord demandé s'il n'avait pas été écrit sous LSD. J'ai d'abord été désarçonnée par la prose de l'auteur, tant elle me paraissait décousue et vide de sens, avant de réaliser que c'était tout le contraire. Contrairement aux apparences, l'écriture est très construite et, si elle déstabilise le lecteur, c'est à dessein. Sperling nous fait toucher du doigt le désarroi de ses personnages, leur vide existentiel, la vacuité de leurs rêves ; mais également le besoin qu'ils éprouvent de donner un sens à leur vie, besoin spirituel que leur sous-culture consumériste ne leur permet pas d'assouvir, et auquel elle n'oppose que des ersatz.