Édition : Plon (grand format, 26 Août 2010)
ISBN-13: 9782259212519
Sa critique : Alors qu’elle vient d’apprendre qu’elle est enceinte, Camille perd sa mère dans un tragique accident de voiture. Les lettres de condoléances se succèdent et se ressemblent, mais parmi elles s’est glissé un mystérieux cou...[lire la suite]rrier... L’expéditeur est anonyme et le manuscrit, épais, ressemble davantage à un témoignage personnel qu’à une correspondance. Déboussolée, Camille pense d’abord à une erreur venant du destinataire. Un homonyme peut-être, qui guette en vain sa boîte aux lettres. Mais chaque semaine une nouvelle enveloppe arrive, amenant avec elle la suite d’un récit de plus en plus intimiste. La confusion fait rapidement place à la curiosité et à l’impatience chez Camille, prise dans le tourbillon de ces confidences au ton si réaliste. En tant qu’éditrice, elle soupçonne un écrivain d’avoir eu recours à cette méthode, somme toute originale, pour se faire publier. Mais très vite, elle sent qu’elle a un rôle à jouer dans le récit dramatique qui lui est conté…
Ce récit raconte l’histoire d’Annie et de Louis, deux amis d’enfance nés dans la France des années 20. Deux amoureux plein d’illusions et de promesses qui seront séparés par le destin, mais surtout par une rencontre funeste qui aura raison de leur innocence… Avec l’arrivée de Madame M. et de son mari dans leur petit village de campagne, la vie des deux adolescents va changer radicalement. Leurs relations vont se distendre, jusqu’à l’inévitable rupture qui conduira Annie à fuir vers Paris dans les années 40, emportant avec elle un trop lourd secret…
Inutile d’en dire plus quant à l’intrigue, ce serait gâcher le plaisir de ce roman ô combien passionnant ! Cela faisait longtemps que je n’avais pas été autant captivée par une lecture. Tout comme Camille, j’attendais avec la plus grande impatience la suite de ce récit arrivant sous forme de lettres. Le mystère qui entoure cette confidence maintient le lecteur en haleine jusqu’au bout avec une efficacité à toute épreuve ! L’intrigue se dévoile par petits bouts, au gré des narrateurs qui se succèdent. Louis, Annie et madame M. prennent tour à tour la parole pour nous faire le récit de la tragédie qui les lie les uns aux autres. Ils nous racontent ces vies gâchées par l’envie terrible, destructrice, de posséder à tout prix ce que l’on ne peut s’offrir. Ils révèlent leurs vies brisées par les mensonges et les secrets, chaque année plus lourds et plus douloureux à porter. Chacun confie avec une sincérité poignante son amour perdu, sa haine dévastatrice ou son impuissance face au sort. Hélène Grémillon parvient, avec un premier roman parfaitement maîtrisé, à nous subjuguer et à nous bouleverser. Elle fait preuve de talent, aussi bien dans la narration que dans la construction du récit, a priori morcelé, mais qui prend véritablement tout son sens à la fin du roman. Un texte fort donc, percutant et, vous l’aurez compris, un énorme coup de cœur en ce qui me concerne !
Édition : Gallimard (poche, 30 Octobre 2011)
ISBN-13: 9782070443345
Sa critique : Joyce, autrefois nommé Mastic des Feux mignons, est un vieux setter anglais qui sent venir la fin. Alors pour ne pas partir comme ça, il décide de nous livrer un dernier témoignage, celui d’une vie faite de grands espac...[lire la suite]es, de libertés, faite d’amour et de fidélité, de dévouement aussi. Une vie fourmillante, en harmonie avec la nature, en communion (ou pas !) avec les autres animaux. Car il ne faut pas croire, si les chevaux sont vraiment stupides, certains chats quant à eux valent la peine que l’on s’y intéresse ! Une vie dans laquelle l’amour de sa maîtresse prime sur tous les bonheurs, même les plus essentiels (la gamelle et la panière ne sont pas à négliger tout de même !).
Bref, voilà un narrateur qui a du chien et qui nous entraîne avec lui dans une dernière course aux souvenirs. Un roman tout à fait plaisant, plein de simplicité et de charme, qui séduira les amoureux des bêtes, mais aussi ceux qui sont curieux de découvrir de nouveaux points de vue. L’écriture est fluide, bien rythmée et le narrateur se montre particulièrement attachant. Une jolie petite surprise que ce récit canin !
Édition : J'ai lu (poche, 9 Avril 2012)
ISBN-13: 9782290054550
Sa critique : En sa qualité de fille, Jbara ne peut prétendre à une vie libre et émancipée. D’abord soumise à l’autorité du père, elle sait que viendra trop tôt celle d’un mari. Mais cette jeune bergère, issue d’un petit village perdu...[lire la suite] dans les montagnes du Maghreb, ne connaît pas d’autre vie que la sienne et tente de palier aux difficultés du quotidien avec une étonnante rage de vivre. Dans ce milieu où la femme a moins de valeur qu’un mouton, où l’instruction ne lui est pas permise et où la moindre initiative est considérée comme « haram » (« péché »), Jbara fait montre d’une surprenante insolence et d’une curiosité débordante, qui contraste avec sa vie étriquée. Ce dont elle n’a pas conscience, en revanche, c’est de sa très grande beauté qui ne laisse pas les hommes indifférents… Du haut de ses seize ans, la jeune fille apprendra très vite que la beauté a un prix, et que certains sont près à la monnayer très cher… Heureusement, Allah n’est jamais loin quand il s’agit d’apporter une oreille secourable à une adolescente un peu perdue et, s’il ne fait jamais entendre sa voix, il fait parfois apparaître le droit chemin à ceux qui le cherchent…
« Confidences à Allah » est un petit roman extrêmement plaisant, au style percutant et provoquant, qui bouscule et surprend par le choix de ses thèmes, ainsi que par le ton familier utilisé par sa narratrice. Saphia Azzeddine lève le voile sur certaines dérives de la culture musulmane. Derrière la rigidité engendrée par la religion, elle pointe du doigt des déviances absolument taboues. L’alcool, la prostitution, le viol, la violence, le statut des filles-mères sont autant de réalités peu avouables dans un monde qui se veut d’une piété à toute épreuve. Jbara nous entraîne avec elle dans son univers avec une énergie communicative. Loin de s’apitoyer sur son sort, la jeune femme n’hésite pas à crier tout haut certaines absurdités liées à sa religion et à son statut de femme. Avec son franc-parler souvent brut et une naïveté due à son ignorance, Jbara nous amuse et nous émeut avec le plus grand naturel. Cette petite héroïne se révèle des plus attachantes et conquiert le lecteur par sa vitalité, sa fraîcheur et sa franchise. Avec ce premier roman, l’auteur nous offre un magnifique portrait de femme, à travers cette jeune musulmane en quête d’émancipation et à la recherche d’une ville meilleure. Un excellent moment de lecture donc, et une très belle découverte !
Je tiens à remercier Livraddict et les éditions J’ai Lu pour ce partenariat réussi !
Édition : Gallimard (poche, 13 Avril 2012)
ISBN-13: 9782070447121
Sa critique : Les « Exercices de style » témoignent chez Raymond Queneau d’un véritable engagement littéraire, allant vers une littérature presque expérimentale. Avec la fondation de l’Oulipo, entendez par là « Ouvroir de Littérature ...[lire la suite]Potentielle » en 1960, Queneau réorganise l’ensemble de ses textes afin d’en faire l’un des piliers de ce nouveau mouvement littéraire. L’accent est mis sur l’originalité de la forme et non du fond, ainsi que sur l’aspect ludique et véritablement interactif du texte.
Partant d’une courte scénette somme toute banale : le narrateur est témoin, dans un bus de la ligne S, d’une altercation entre un jeune homme au long cou et au chapeau ridicule et un homme plus âgé. Puis il revoit, deux heures plus tard, le jeune dandy en compagnie d’un camarade devant la gare St Lazare. De là, Queneau réécrit de 99 manières différentes cette anecdote, alternant les points de vue, jouant sur la variation de rythme, sur les tons, sur les temps, sur les figures de style, sur le sens ainsi que sur la forme (adaptation théâtrale, poétique…). Aucune lassitude chez le lecteur à voir ainsi se rejouer la même scène tant les variations dans l’écriture sont plaisantes et originales. L’Oulipo étant un mouvement réunissant des hommes de lettres et des mathématiciens, on sent l’influence des mathématiques dans certains exercices, ce qui donne d’étonnantes alliances. Un recueil surprenant donc, dans lequel Queneau s’amuse et le lecteur avec lui !
A noter que Folio vient de sortir une nouvelle version des « Exercices de style », dans laquelle on peut lire des textes inédits tels que les publicités pour DOP ou pour des tranquillisants qui sont un véritable régal ! Bref, un livre que tous les étudiants en lettres, munis de leur dictionnaire, se doivent de lire, ne serait-ce que pour s’approprier les différentes figures de style ! Et pour les autres, essayez donc, vous passerez un bon moment !