Édition : Les Éd. de minuit (grand format, 14 Janvier 2010)
ISBN-13: 9782707320896
Sa critique : Choir, île perdue au milieu de nulle part, dont l'environnement plus qu'hostile rend tout départ impossible ce qui pourtant est l' unique projet de ses habitants...
La trame du roman ne suit pour l'essentiel pas de pr...[lire la suite]ogression temporelle, l'intrigue est ténue et se fait très longtemps oublier. Nous somme plutôt face à une sorte de fiction ethnologique, qui relate par fragments les us et coutumes de la société des habitants de Choir, vouée toute entière au culte d'Ilinuk, seul habitant à être parvenu à quitter le territoire maudit, et qui, selon la légende, reviendra un jour libérer ses compatriotes...
Véritable exercice de style sur la misère absolue d'une communauté , le roman montre, répète et assène qu'à Choir, le pire est toujours certain, et le malheur, entretenu : brutalité, tortures, famines, barbarie, insalubrité,inconfort, catastrophes naturelles, ennui, maltraitances, maladies, désespoir sont le lot quotidien.
Les habitants de Choir sont ainsi l'objet d'une sorte de jeu de massacre littéraire, où la langue sophistiquée et chantante de Chevillard contraste avec l'insondable bêtise et le goût immodéré pour la violence brute de ses créatures, contribuant à surajouter à leur malheur sans fin le regard ironique d'un narrateur sans pitié.
Démiurge omnipotent et moqueur, l'auteur semble vouloir entraîner son lecteur dans une singulière expérience de sadisme littéraire, à la fois éprouvante et tenue à distance par un humour ravageur.
Humour qui cependant ne désamorce nullement les effets du spectacle réjoui de la souffrance:on ressort finalement de Choir avec l'esprit troublé de celui qui y a pris un plaisir intense.