Lectrice compulsive depuis des années, je partage avec vous sur mon blog mes coups de coeur ou mes déceptions. Je v...Lire la suite
Lectrice compulsive depuis des années, je partage avec vous sur mon blog mes coups de coeur ou mes déceptions. Je vous invite aussi parfois à suivre mes humeurs, et à rire ou jouer avec moi.
Édition : Cherche midi (grand format, 13 Septembre 2012)
ISBN-13: 9782749118413
Sa critique : Un corps retrouvé après la fonte des neiges, une jeune fille de bonne famille disparue sans qu’on y comprenne quelque chose, des soupçons sur la culpabilité de Winter Moon, son petit ami indien de la réserve voisine, des...[lire la suite] haines viscérales entre les gens de la petite ville de Aurora, dans le Minnesota, une petite bourgade à priori plutôt charmante et calme. Mais aussi des évènements étranges qui semblent sans lien entre eux… Et pourtant…
Autant d’éléments mystérieux que devra comprendre l'ex-shérif Corcoran "Cork" O'Connor, qui est bien le seul à croire en l’innocence du jeune garçon et à chercher ailleurs une piste logique. Comme chacun sait, pour comprendre le présent, il faut souvent remuer la boue du passé et les comportements des uns et des autres sont généralement expliqués par ce qu’ils ont vécu autrefois. C’est donc avec une patience tenace que Cork va déterrer de vieilles histoires et découvrir quelques facettes de ses concitoyens bien cachées sous leur apparente respectabilité. Non sans risquer de se trouver au cœur de la haine, à force de déranger par ses questions et ses intuitions.
Les personnages de ce roman sont vraiment bien campés, et notamment ce flic têtu, mais attachant, mais aussi les personnages moins centraux, décrits avec beaucoup de justesse. Les lieux idylliques d’Aurora cachent des horreurs, comme un peu partout, et il faudra au lecteur découvrir l’envers du décor pour comprendre les rouages du mal. En plus de son mystère totalement prenant, Blood Hollow est un roman extrêmement bien écrit, qu’on ne peut lâcher avant de l’avoir terminé et de connaître le fin mot de l’histoire.
Une très belle découverte, et je remercie infiniment Solène des Éditions du Cherche Midi pour me l’avoir envoyé ! Vous pouvez d’ailleurs vous plonger sans hésiter dans leur catalogue qui recèle pas mal de pépites !
Liliba
Édition : Elb-Éd. la branche (grand format, 29 Mars 2012)
ISBN-13: 9782353060443
Sa critique : Hugo est agent de sécurité, mais également tueur à gages au service d’Esteban, un entrepreneur véreux qui fait souvent appel à la méthode forte pour négocier ses contrats. Il n’hésite pas à tirer si on lui en donne l’ord...[lire la suite]re et ne se pose pas de questions. Jusqu’au jour où il rencontre par hasard un prêtre complètement alcoolique dans un bar, qui lui glisse Don Quichotte dans la poche, ainsi qu’un chien, un petit chien qui bêtement vient se coller contre lui, comme s’il le choisissait comme maître (il faut dire qu’Esteban vient de liquider le maître en question…). Ces deux rencontres vont l’amener à réfléchir et à faire travailler ses trois neurones, d’autant plus que pour la première fois de sa vie, il se met à lire, et lui faire découvrir la vie sous un autre jour. Et voilà qu’il ne veut plus tuer, mais devenir un homme de bien !
Mais il n’est pas évident avec un tel métier de claquer sa démission du jour au lendemain et son attitude devient suspecte pour son patron et ses collègues, avec lesquels il entretenait déjà des relations basées sur la méfiance, notamment Boris, un ex-mercenaire venu de l’Est dont on ne sait pas grand-chose sauf qu’il veut prendre la place d’Esteban, que le patron considérait jusque-là comme son bras droit, et qu’il est dangereux, très dangereux.
Donc Esteban continue à travailler, mais le cœur n’y est plus. D’ailleurs, il emmène de plus en plus souvent avec lui Bion, le petit chien, devenant aussi prévenant qu’une mère et frisant souvent le ridicule (rappelons qu’il n’a que quelques neurones en état de marche !). Il ne veut plus tuer, mais tente de raisonner ses victimes pour les exhorter à céder afin qu’il ne soit pas dans l’obligation d’obéir à son patron, mais il semble que la manière douce soit moins efficace, car les problèmes s’accumulent et le pauvre Esteban est un peu paumé.
Or son boss a besoin de lui pour trouver et faire la peau aux hackers qui se sont attaqués à son groupe et qui sont près de le ruiner, un groupe qui se fait appeler Vendredi 13, et qui a des allures de Robin des bois moderne, volant l’argent des riches en rêvant de le redistribuer à des associations caritatives.
La confrontation des uns et des autres n’en sera que plus déstabilisante pour le tueur, et truculente pour le lecteur. Ce roman est totalement déjanté et bien sûr à lire au second degré, puisqu’il est truffé de stéréotypes dont s’amuse l’auteur, qui manie avec virtuosité l’ironie. On ne s’y ennuie pas une seconde puisque les évènements s’enchainent très rapidement, et en même temps, on rit de la bêtise d’Esteban tout en ayant envie qu’il réussisse dans sa démarche de devenir un homme meilleur. Les personnages sont extrêmement caricaturaux et on se délecte de leurs descriptions, pleines d’humour et totalement satiriques. Les malfrats sont d’une bêtise sans nom, et en même temps doté d’une candeur incroyable et le lecteur s’amuse sans discontinuer de ce polar-comédie vraiment original qui se termine comme sur la scène d’un théâtre, dans un monde où l’absurde est roi. Bref, un régal !
Ce roman et ses personnages feraient très certainement un malheur au cinéma !
Liliba
Édition : Pocket (poche, 10 Mai 2012)
ISBN-13: 9782266219976
Sa critique : Ce roman commence fort, très fort, avec une scène impressionnante que le lecteur ne pourra s’empêcher de visualiser, et qui le fera dès le départ trembler, tout en lui donnant une envie irrésistible de comprendre ce qu’i...[lire la suite]l s’est passé et qui est derrière tout ça. Et puis ça continue avec un suspense d’une densité incroyable, qui ne laisse aucun répit, mais permet pourtant à l’auteur de décrire avec précision ses personnages, qui sont passionnants et dont les personnalités complexes donnent envie de mieux les connaître encore. Le commissaire Martin Servaz de la PJ de Toulouse, bientôt secondé dans son enquête par la jeune gendarme Irène Ziegler, un homme d’affaires du coin, Eric Lombard, Julian Hirtmann, un tueur en série interné, et la jeune psy qui vient de prendre ses fonctions, Diane Berg, tous vont être entrainés dans cette folle histoire, et aucun n’en rechapera vraiment indemne. Tous également ont des caractères passionnants, et qu’on les aime ou qu’on les déteste, on ne peut s’empêcher de s’y attacher, même si c’est en frissonnant d’angoisse .
Et puis il y a les paysages, ces montagnes et ces vallées des Pyrénées qui sont comme un personnage à part entière dans le roman, le froid de l’hiver et la glace, le vent et la solitude des grands espaces, et les mentalités des autochtones, leurs secrets, le passé que l’on tait ou que l’on voudrait oublier. Des lieux aussi : une centrale hydraulique désaffectée, un téléphérique, un asile de dangereux psychopathes, autant d’endroits angoissants, qui semblent au bout du monde, mais où tout se joue.
Deux histoires parallèles qui semblent totalement séparées, mais qui vont bien sûr se croiser et être liées, indissociables l’une de l’autre. Deux histoires hallucinantes, terrifiantes, totalement angoissantes. La peur qui rode. Le mal qui refait surface. La méchanceté et la folie des hommes.
Le lecteur ne reprendra son souffle qu’au bout des 560 pages qu’il aura dévorées comme jamais, parce qu’il veut savoir comment tout cela va tourner, découvrir le ou les coupables, comprendre ce qui se cache au fond des cœurs, des âmes, même des plus noires. On a eu peur, on est vraiment glacé jusqu’aux os, mais on en redemande. Quel roman ! Un auteur prometteur, qu’on peut déjà suivre sans son second ouvrage, à la hauteur du premier : Le cercle.
Liliba
Édition : Xo éd. (grand format, 11 Octobre 2012)
ISBN-13: 9782845635562
Sa critique : Après avoir dévoré Glacé, premier roman de l'auteur, je me suis jetée sur son second opus.
Dans la petite ville de Marsac où le commandant avait fait des études de lettres, et où sa fille étudie elle-même, une femme, ...[lire la suite]professeur de civilisation antique, est assassinée. Un évènement qui vient vite troubler la paix de la petite ville, mais ce n’est pas le seul, puisqu’on retrouve également le corps d’un éleveur de chiens dévoré par ses propres bêtes, et un artiste brûlé vif. Le lien avec toutes ces morts violentes ? Il y en a surement un, et Servaz, dépêché sur les lieux, n’aura de cesse de le trouver, d’autant plus qu’il vient de recevoir un étrange mail qui semble provenir de Julian Hirtmann, le tueur en série qui faisait si peur dans Glacé.
Il sera comme auparavant aidé dans son enquête par la jolie gendarmette Irène Ziegler et par son fidèle assistant et ami Espérandieu, mais il ne se doute cependant pas que cette nouvelle aventure va lui faire remonter le temps et retrouver d’anciens amis de sa jeunesse, avec lesquels il avait fait ses études. Il devra donc, seul, faire face au passé qui revient en force, et se mêle au présent, ouvrant de vieilles blessures qui n’ont jamais vraiment cicatrisé. Marianne, son amour de jeunesse, a besoin de son aide pour sauver son fils accusé du meurtre de la prof et Servaz est un peu pris en deux feux, ses sentiments d’un côté et son boulot de flic à mener à bien de l’autre. Il retrouve également Francis, prof dans le lycée même où ils étudiaient ensemble autrefois, mais les années passées depuis semblent ne pas vouloir ressouder leur amitié d’autrefois.
Servaz doit aussi se soucier de sa fille étudiante qui va être mêlée à cette histoire tordue, où la perversité jongle avec l’angoisse. La peur est là, et il n’est pas le seul à la ressentir, même si elle a pour lui des résonnances particulières. Car il sait, il sent que son enquête est liée au passé et que c’est dans les faits d’autrefois qu’il trouvera sans doute des indices. Il va ainsi découvrir le mystérieux « cercle », mais sans pour autant s’empêcher de penser qu’Hirtmann est d’une façon ou d’une autre mêlé aux évènements, qu’il le surveille, le suit, lui tend peut-être un piège cruel.
La suite nous le dira, car il semble bien que Bernard Minier ne va pas s’arrêter en si bon chemin et continuera à régaler les lecteurs de ses histoires passionnantes. Ce roman est cependant un tantinet moins soutenu que son prédécesseur, Glacé, plus psychologique, plus introverti. Souhaitons simplement que l’auteur n’use pas trop vite sa créativité talentueuse en publiant à toute vitesse des tomes supplémentaires, et qu’à l’instar de quelques-uns de ses confrères, ses romans perdent en densité et en qualité… Ce qui serait bien dommage, car voilà un auteur bien prometteur, à suivre, assurément !
Liliba
Édition : Hachette (grand format, 6 Mars 2013)
ISBN-13: 9782012027985
Sa critique : Le manuel du parfait thriller
Ingrédients
Un anti-héros, au physique angoissant, puisque affligé d’un œil blanc
Une jeune étudiante qui aime bien fouiner, mais plutôt mystérieuse
Des parents morts (assassinés...[lire la suite] ?)
Des enfants assassinés par intoxication à l’aspirine
Un sérial killer mort depuis des années
Un livre publié, comme une bombe
Un psy pas très net
Un flic pas très net non plus
Un éditeur avide de succès
Recette
Mettez tout ça à Harvard et dans les rues de Boston. Proposez à l’étudiant de bosser chez l’éditeur. Publiez en cachette un livre hallucinant, écrit par l’étudiant. Croyez-le quand il affirme ne pas l’avoir écrit. Cherchez avec lui qui est le vrai auteur. Décortiquez ses conversations avec son psy. Mélangez avec une maladie grave, le syndrome de Korsakoff. Partez à la recherche de son passé. Interrogez-vous sur les personnes qui l’entourent. Recoupez les informations. Frissonnez un peu. Tremblez beaucoup. Tournez les pages. Ajoutez quelques touches d’humour (le nom de l’étudiant : Thomas Harris, vous dit-il quelque chose ?). Et des kilos de suspense.
Temps de cuisson : quelques heures à peine
Et dévorez ! Et dégustez !
Après Non Stop, Frédéric Mars réitère dans le genre thriller, avec le même bonheur pour ses lecteurs. Si ce roman est moins angoissant au niveau de la vitesse de progression de l’histoire que ne l’a été Non Stop (qu’on ne pouvait pas laisser une minute et qu’il fallait continuer à lire sans s’arrêter), il est par contre beaucoup plus fouillé au niveau psychologique, et le suspense ne tarde pas à se mettre en place, plus diffus certes, mais largement aussi efficace.
Le récit intercale les pages du fameux Manuel du sérial killer qui vient d’être publié et a fait l’effet d’une bombe vu son contenu, et la vie de Thomas Harris, son auteur – ou son pseudo auteur, puisqu’il affirme ne jamais avoir écrit l’ouvrage en question. On suit donc le jeune Tom dans son enquête pour trouver le véritable auteur du manuel et comprendre pourquoi on lui en attribue la paternité. Une enquête qui le mènera à son enfance, dont il n’a quasiment pas de souvenirs, et à un passé plus que terrifiant.
Une véritable réussite !
Liliba
Édition : Actes sud (grand format, 7 Janvier 2013)
ISBN-13: 9782330014094
Sa critique : J’aime, je partage. Non, ce n’est pas d’un réseau social bien connu dont il est question, mais de littérature. De littérature et de télévision. Car à l’heure où la plupart des auteurs et libraires se demandent comment pl...[lire la suite]aire au lecteur et lui donner envie de continuer à découvrir des œuvres profondes qui font réfléchir, d’autres, sentant le bon filon, envisagent le mariage du livre et de la télé, se servant de l’un et de l’autre, à travers une gigantesque opération de promotion déguisée en émission de téléréalité.
C’est ce qui arrive àGary Montaigu, un auteur reconnu qui vient de recevoir le très prestigieux International Booker Prize. Sur les conseils de son attaché de presse, et sur l’instance de son épouse Ruth qui depuis des années s’investit dans sa carrière, allant jusqu’à relire ses manuscrits, et même les annoter ou parfois les corriger, distillant son avis éclairé sur l’œuvre de son époux, il accepte de participer à Un écrivain, un vrai, la nouvelle émission de téléréalité dont il sera la vedette. Une équipe de télévision s’installe à plein temps chez lui et le filme au quotidien, quand il écrit bien sûr où il incarne les affres de la création, quand il prend ses rendez-vous, ou quand il sort, au restaurant ou pour rencontrer la jet set littéraire dont il fait partie.
Gary est intimement persuadé au départ de cette aventure que cette émission rapprochera les gens des livres, qu’elle leur ouvrira l’esprit, leur apportera un peu de curiosité, et peut-être, leur fera découvrir ce qu’est la littérature, lui donnant l’envie d’ouvrir un roman et de s’y plonger. Sa femme de son côté voit le bon côté financier de l’affaire, ainsi que la notoriété supplémentaire que cela amène non seulement à l’auteur, dont elle se dit la muse, mais au couple, et donc à elle. Son ambition est féroce et elle est prête à tout, ou presque pour maintenir son homme au sommet de sa gloire.
Mais Gary est lentement pris de doutes. La proximité permanente des membres de l’équipe de tournage lui pèse, ainsi que les évènements censés mettre du piment dans l’histoire, car quoi de plus rasoir que d’uniquement observer un écrivain… en train d’écrire ! Une jeune journaliste préparant un papier sur l’auteur vient donc s’installer chez le couple, avec la mission de tenter de séduire Gary face aux caméras, au grand dam de l’épouse, qui sert les poings et ronge son frein en se disant qu’il faut se soumettre un peu pour arriver à ses fins, et pour que cette émission soit un réel succès populaire, pour que les téléspectateurs la regardent avec envie, curiosité, attendant le petit évènement ou le grand clash qui les fera frémir, trembler. Gary tente tant bien que mal de poursuivre son roman en cours, dont l’intrigue est sans cesse remise en question par le public au travers d’un vote, et comme dans les émissions de téléréalité que vous avez sans doute regardées sur votre petit écran, il se soumet à des scènes filmées dans un « confessionnal », doit se livrer, partager, bref, devenir un pur produit marketing à vendre du papier. Mais il devient angoissé, peu productif, et trouve qu’il n’écrit plus rien de qualitatif, de personnel, de « vrai », et se fait même copieusement engueuler par son ami Alain Mabanckou, qui lui assène de face ses quatre vérités : il s’est fait le jouet d’un énorme business qui le perdra, car il y perd son âme d’écrivain, son indépendance d’esprit, sa personnalité, tout ce qui fait son talent.
Pia Petersen, avec le talent qu’on lui connait, décrit tout le processus d’une manière extrêmement précise, de même que les interrogations de l’auteur et ce qu’on pourrait appeler sa lente descente aux enfers. Elle alterne les paragraphes narrant le Gary de maintenant, cloitré dans son bureau au sous-sol, surveillé par une femme aimante mais plutôt inquiétante, assis dans une chaise roulante depuis un accident dont on ne sait rien au départ, avec le récit des évènements de l’année précédente, celle où tout à commencé. Et où tout s’est terminé.
Ce roman est passionnant en ce sens qu’il oblige le lecteur à se poser la question de l’emprise de la télévision, et notamment de la téléréalité, cette nouvelle forme de télé intrusive et indiscrète qui semble passionner le public, alors qu’on peut l’apparenter à du voyeurisme pur, et dont la médiocrité et la vulgarité ne font que s’accentuer au fil des émissions proposées. Or le monde du livre est en berne, en perte de lecteurs, et l’idée de rassembler les deux pourrait paraître attirante, distillant un peu d’attractivité dans l’univers figé de la littérature. Ces deux mondes deux peuvent-ils se rejoindre ? Le doivent-ils ? Peut-on remplacer la créativité, l’art, par des images destinées à plaire aux masses ?
Le roman ne donnera pas de réponse, mais fait se poser des questions importantes, vitales même pour que notre société d’ultra consommation puisse continuer malgré tout à produire des œuvres de qualité, pour que la pensée reste libre, sans essai malsain de séduction du public moyen, sans concessions. Un écrivain qui écrit uniquement pour plaire à son public est-il encore un écrivain, un vrai ? Pia Petersen, en tout cas, l’est, c’est certain.
Liliba