Sa critique : A voir la couv’, il s’agirait à première vue d’une histoire de chevalier, un rien mélancolique. Bingo ! Sauf qu’au coeur de cette nuit médiévale, ce chevalier de retour d’une bataille n’est pas le héros de l’histoire, bi...[lire la suite]en loin de là, mais il partage la vedette avec un arbalétrier maladroit, son épouse et son amant fortuné, la mystérieuse sorcière surnommée Saturnia, et… des morts sortis de leur tombe. Mais cette nuit enseignera à tous ces personnages quel a été et quel est leur destin, ainsi que la nature des liens qui les réunissent…
Stanislas Gros s’est essayé pour ce troisième album, après les adaptations des grands classiques du Dernier jour d’un condamné et du Portrait de Dorian Gray, à l’écriture de l’ensemble, scénario et illustrations. On retrouve son coup de crayon assez naïf dans le traitement des personnages, auxquels il accorde une attention égale. Mais il innove réellement en réutilisant plusieurs fois la même case dans deux chapitres consécutifs pour montrer des points de vue différents de l’histoire. Par ailleurs, il sait alterner les passages graves à d’autres plus légers, comme il se garde bien de conclure par un happy end ou une fin moralisatrice et préfère nous offrir une histoire restée ouverte, en demi-teinte : du coup, pour ce premier album sorti complètement de son imaginaire, il réussit à nous faire entrer dans un univers assez sombre et fantastique doté d’un humour un peu décalé, sans tomber dans les poncifs du genre.
Sa critique : Un livre magnifique donc car reproduisant intégralement un manuscrit enluminé, mais illisible, forcément (il ne faut pas se leurrer : lectrice lamba comme beaucoup, je ne nourris pas l’ambition de réussir là où les plus ...[lire la suite]grands chercheurs ont échoué !), que l’on parcourt, partagé entre la curiosité, le scepticisme et l’émerveillement. Des pages 43 à 160, c’est un herbier fabuleux que l’on découvre, composé de plantes aux tubercules énormes et aux formes inconnues, avec ça et là, ce qui semblerait être des commentaires. Des pages 160 à 204, on feuillette ce qui semblent être des représentations astrologiques couplées à des dessins de femmes nues, se baignant fréquemment. Dans les 30 dernières pages, les plantes ressurgissent, avec cette fois un texte prépondérant, qui, à la fin, noircit plusieurs pages de cette écriture ronde, régulière, soignée et indéchiffrable. Alors quoi ? Quelle serait mon interprétation ? Franchement, j’aurais cru à une supercherie de l’éditeur, à un gros canular, si ce dernier n’avait pas eu la présence d’esprit de demander au journaliste du Monde qui le premier avait éveillé sa propre curiosité, d’introduire ce manuscrit.
Cette introduction, à elle seule, rend d’ailleurs l’existence de ce manuscrit encore plus fantastique et le pare de mystères. Car la découverte en soi de ce manuscrit est on ne peut plus romanesque, énigmatique et tragique à souhait et pourrait donner lieu, si elle ne l’a pas quelque peu inspiré, à un nouveau Roman de la Rose. Je vous laisse donc le soin de la lire.
Lire la critique complète sur mon blog !
Édition : L'oeil d'or (grand format, 1 Septembre 2005)
ISBN-13: 9782913661042
Sa critique : Dans la préface de cette nouvelle édition, Giovanni Lista, historien et critique d’art italien, auteur de l’unique ouvrage d’art consacré à cette danseuse, évoque celle qu’on appelait la Fée Electricité (rendue aveugle à...[lire la suite] la fin de sa vie par la lumière électrique), comme ayant été une féministe avant l’heure, affichant son homosexualité, assumant pleinement son rôle d’artiste créatrice, et comptant parmi ses admirateurs – excusez du peu – Toulouse-Lautrec, Nadar, Méliès, Rodin, Mallarmé, les frères Lumières, Paul Adam, Valéry, Rodenbach et Jean Lorrain.
Pourtant, contrairement à la belle autobiographie que nous a offert Isadora Duncan avec Ma vie, Loïe Fuller nous donne certes à lire les grandes lignes des plus belles années de sa carrière jusqu’en 1908, mais elle ne les émaille que de quelques rencontres qui l’ont marquée, composant autant de chapitres, telles celle avec Sarah Bernhardt, celle avec Alexandre Dumas fils ou celle en 1902 avec Rodin, mais sans avoir aucun souci d’exhaustivité. Difficile alors de ne pas se sentir frustrée de ne jamais entendre parler des artistes cités dans la préface de Giovanni Lista !
En outre, en consacrant un chapitre à sa rencontre avec la mère de Gab et sa future jeune compagne, avec qui elle vécut huit années, Loïe Fuller n’évoque qu’indirectement son homosexualité, pourtant notoire, que relate Isadora Duncan dans Ma vie… un tabou, surtout à l’époque, que visiblement elle ne souhaitait pas lever par écrit. D’ailleurs c’est l’une des raisons pour lesquelles Isadora Duncan est partie sans donnée de nouvelle, fuyant la cour de jeunes admiratrices lesbiennes qu’entretenait Loïe Fuller, et dont cette dernière ne parle jamais ici, si bien que Loïe Fuller qualifiera d’ingrate celle qui la surpassera bientôt en notoriété.
En revanche, Loïe Fuller ne passe jamais sous silence l’enthousiasme de ses admirateurs et de son public, qui souvent dépasse « toutes les bornes« , faisant du reste, de ce point de vue, assez peu preuve d’humilité.
A la suite de cette autobiographie originellement intitulée Quinze ans de ma vie (que vous pouvez lire ci-dessous), et préfacée par Anatole France, sont retranscrits quelques-uns de ses écrits sur la danse, dans lesquels Loïe Fuller évoque sa conception de la danse, non seulement fondée sur l’importance du mouvement, de la vue et de l’émotion, mais aussi sur les dernières découvertes des physiciens qu’elle côtoie.
Au final cette autobiographie nous laisse un arrière-goût de trop peu, ce qui est bon signe, et nous donne envie de découvrir l’ouvrage plus conséquent que Giovanni Lista a consacré à cette danseuse atypique qui imitait la Nature à l’aide des effets de lumière sur son costume breveté.
Édition : Delcourt (bande dessinée, 7 Septembre 2011)
ISBN-13: 9782756025957
Sa critique : 3 secondes, cela peut paraître extrêmement court – le bip d’un SMS reçu, la déflagration d’un coup de feu, un piéton renversé -, mais Marc-Antoine Mathieu va dilater ces trois petites secondes en soixante-douze pages foi...[lire la suite]s neuf vignettes, soit 648 vignettes sur papier et quelques minutes sur internet pour nous raconter une énigme policière muette mettant en scène une tentative de meurtre à la suite d’un scandale dans le milieu du football.
Autant le lecteur guette un à un les indices de cette enquête qu’on lui propose, dans un ralenti graphique travaillant sur des focalisations et des réverbérations infinies, autant l’internaute se trouve happé sur le site par un vertigineux zoom graphique. Ces deux expériences de lecture originales, faisant travailler l’intelligence du lecteur reconstituant et les textes à l’envers et le fil de l’histoire et sa composition spatiale, confirment le talent de Marc-Antoine Mathieu pour amener la bande dessinée dans des voies inexplorées jusqu’alors, la mettant elle-même en exergue, émergeant d’un noir profond pour s’achever sur un blanc éblouissant. Une fois de plus, Marc-Antoine Mathieu fait preuve d’une capacité d’invention forçant l’admiration.
Édition : Éd. milan (poche, 19 Janvier 2006)
ISBN-13: 9782745920492
Sa critique : Longtemps, les Français n'ont vu dans les mangas qu'un avatar des dessins animés médiocres, niais ou violents diffusés à la télévision à partir des années 70. C'est depuis la reconnaissance du genre par l'obtention du me...[lire la suite]illeur scénario au Festival d'Angoulême pour Quartier lointain de Jirô Taniguchi que les médias consentirent à évoquer le phénomène manga en France, nouveau pilier de la BD puisque constituant en 2004 35% des nouveautés et 40% des ventes BD Fnac ! Ce phénomène s'est d'ailleurs propagé partout dans le monde, créant une forte concurrence aux comics et autres bandes dessinées occidentales, devenant une formidable source d'inspiration et de renouvellement du genre.
Car au Japon, le manga a fait son apparition il y a déjà un siècle et fait intrinsèquement partie de la vie économique et culturelle du pays du Soleil Levant.
Cinq noms de maîtres du manga seraient à retenir : Tezuka Osamu, Tatsumi Yoshihiro, Otomo Katsuhiro, Urasawa Naoki, dont une femme, Yazawa Aï.
Parmi les spécificités du manga, la première, de taille, contrairement à la plupart des BD, est que le scénario prime sur le dessin. Ce n'est donc pas simplement en le feuilletant que vous serez séduit. De même, l'action et les réactions des personnages sont privilégiées au décor et aux temps morts. Le public-cible se reconnaît facilement entre les Shôjo manga (pour adolescentes), les Shônen manga (pour adolescents) et les Seinen manga (pour adultes).
Le coût pour les éditeurs des mangas en noir et blanc, sur du mauvais papier, est moindre, alors que la fréquence de parution souvent mensuelle des mangas n'est pas non plus pour leur déplaire, comme d'ailleurs pour les lecteurs qui n'ont plus à attendre un an la suite de leur lecture.
Un documentaire sérieux, particulièrement instructif, qui permet de faire table rase des préjugés et de donner quelques pistes de lecture aux néophytes.
Édition : Milan (poche, 19 Janvier 2006)
ISBN-13: 9782745920843
Sa critique : Parallèlement à la langue française s’est toujours développé une manière de s’exprimer différente, un argot, longtemps utilisé à la Cour des Miracles, par la pègre et les malfrats, et aujourd’hui réunissant une génératio...[lire la suite]n de jeunes ou un groupe social. Ludique, l’argot en effet permet aussi bien de crypter sa conversation devant un tiers que d’entrer en connivence avec un groupe donné. Peut-être moins créatif de nos jours, il se contente du verlan.
Pierre Merle dresse ici un historique complet des conditions d’émergence de l’argot, de son pourquoi et son comment. Assez intéressant.