Billet

Publié le 18 avril 2017 à 16:22

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Avec Derf Backderf, l'auteur de Mon Ami Dahmer aux éditions çà et là

Nous avons eu la chance de faire une interview transatlantique avec le great Derf Backderf, auteur des comics dignement récompensés en France, Mon Ami Dahmer et Trashed, mais aussi de Punk Rock et Mobile homes, tous les trois publiés aux éditions çà et là. On perçoit le lien intrinsèque entre vie et création, avec ces histoires qui lui tombent du ciel. "I'm a storyteller. It's what I do", nous a-t-il dit ; on a retranscrit tout cela pour vous, my little Libfly pumpkins, et on lui dit un grand merci.

 

<< Pour vos deux ouvrages, Mon Ami Dahmer et Trashed, qui ont tous les deux demandé un gros travail de recherche et de préparation, la version finale qui a été publiée s’est construite sur une longue période, avec d’abord la publication d’une version courte, qui fut plus tard amendée et revue, pour finalement aboutir à une version que vous estimiez digne d’être publiée. Est-ce que ce fut le cas pour vos autres ouvrages ou ces deux expériences font-elles figures d’exception ?

 Non, ce ne fut pas le cas pour les autres. J’ai mis du temps à finir mon premier livre, Punk Rock et mobile homes, et plusieurs versions sont nées de mes tentatives de m’emparer de l’histoire et de trouver la bonne manière de la dire. Cela m’a pris du temps parce que ce genre de choses demande du temps ! Trashed fut un accident. A l’origine, je voulais en faire une série de comics, sur le modèle de Love & Rockets des frères Hernandez, mais ça n’a pas abouti. J’en ai ensuite fait un webcomic, qui a duré plusieurs années. Je n’avais toujours pas l’intention d’en faire un livre ; je m’étais donné environ cinq ans, et la possibilité de publier d’autres titres de webcomics. C’est mon éditeur américain qui m’a suggéré l’idée. Il avait adoré le webcomic et m’a dit « Pourquoi attendre ? ». Il a bien fait.

 

<< L’histoire de Jeff Dahmer dans Mon Ami Dahmer est très troublante, d’autant plus parce que vous en êtes à la fois le narrateur et l’un des protagonistes. À plusieurs endroits, j’ai eu l’impression que le procédé d’écriture était né d’un besoin de se justifier, de n’avoir pas su arrêter ce « monstre ». Êtes-vous d’accord avec cela ? Est-ce pour cela que vous l’appelez votre « ami », que vous parlez d’« amitié », alors même que presque rien n’indique dans votre récit que vous aviez été amis ?

Si, nous étions amis. Pas des amis proches, mais les adolescents ont toutes sortes d’amis, bien plus qu’à n’importe quel autre moment de leur vie. Le titre se veut être provocateur, bien sûr, surtout aux États-Unis où Dahmer est très célèbre. L’effet voulu dans le titre est similaire à « Mon Ami Jack l’Éventreur » ou « Mon Ami Josef Mengele ».  Je sais que Dahmer n’était pas très connu en France avant la parution de mon livre et le titre n’a donc pas eu le même impact. Notez bien que Dahmer n’avait pas d’amis proches. C’était déjà un homme brisé. Il n’avait que nous.

 Ma seule justification pour écrire cette histoire est l’histoire elle-même. Elle m’est tombée du ciel, droit sur moi. J’écris des histoires. C’est mon métier.

 

<< Vous écrivez que ceux qui portent la plus grande part de responsabilité dans leur négligence à reconnaître le caractère anormal et psychotique de Jeff Dahmer, sont les adultes qui l’entouraient. Comment cette histoire a-t-elle influencé votre propre perception des gens qui vous entourent ou qui vous sont proches ?

 À l’époque, cela m’a rendu très cynique sur l’école. Il y avait sur tous les murs des affiches sur les dangers de la drogue, ils faisaient venir des intervenants pour nous mettre en garde contre l’usage des drogues, et pourtant, il y avait là un gosse qui arpentait leur école jour après jour, complètement saoul . Comment se fait-il que les adultes ne l’aient pas remarqué ? Son haleine sentait l’alcool à 8h du matin !  Il empestait l’alcool ! Je crois qu’ils s’en moquaient. Cela ne valait pas la peine d’en faire une montagne.

 

<< Trois de vos titres (le troisième est Punk Rock et mobile homes) ont été publiés en français par les éditions çà et là. Est-ce que vous intervenez dans les différentes traductions de vos ouvrages ?  Quelle relation entretenez-vous avec votre éditeur français ?  Vous avez remporté plusieurs prix en France, certains très prestigieux comme le Fauve d’Angoulême, le prix Polar SNCF : comment expliquez-vous ce succès ?

 Je suis bien à mal d’expliquer le succès de mes livres en France. Parmi toutes les merveilleuses choses qui me soient arrivées grâce aux comics, c’est la chose la plus inattendue – et la plus réjouissante. Quand je marche dans Paris, je m’esclaffe. Comment est-ce arrivé ? Je sais bien sûr, moi-même étant fan de BD, l’importance de la bande dessinée en France, et je lis des BD françaises depuis que je suis ado. Le problème était que beaucoup n’étaient pas traduites en anglais. On trouvait des traductions de Moebius et Tardi, et c’est plutôt bien de commencer par là ! Heureusement, les choses changent. On trouve maintenant ici BEAUCOUP plus de livres traduits.   

 Pour ce qui est des éditions çà et là, je n’y suis pour rien. C’est un pur hasard. J’étais chez mon éditeur américain à New York, et Serge était dans son bureau en train d’acheter les droits de Mon Ami Dahmer. C’est comme ça que je l’ai rencontré. Et trois livres et quelques 15 voyages en France plus tard, nous sommes devenus très amis.  C’est un éditeur génial ! Quelle chance vous avez.

 

<< Avez-vous un projet en cours et si oui, sera-t-il disponible en français ?

 Je travaille actuellement sur deux livres, en fait. L’un des deux, je ne peux pas en parler. L’autre est une suite de Punk Rock et mobile homes. J’avais envie de retravailler avec ces personnages, juste par envie, parce que je me suis tellement amusé en les écrivant. Mon éditeur américain va également publier une nouvelle édition augmentée de Mon Ami Dahmer, qui paraitra en même temps que le film. Il sera projeté en avant-première au Tribeca Film Festival à New York cette semaine (le 21 avril 2017, n.d.l.r).  Cette nouvelle édition contiendra plein de bonus : des photos, des dessins datant du lycée, ce genre de choses. J’imagine que les éditions çà et là seront intéressées au moins par certains de ces titres. 

 

<< Libfly met un point d’honneur à offrir des conseils de lecture : y a-t-il un livre qui vous a marqué et que vous aimeriez tout spécialement recommander ?

 Je ne lis pas beaucoup de bandes dessinées, bizarrement. Je ne veux pas laisser les idées des autres tournoyer dans ma tête quand je travaille sur mes propres idées. L’autre souci est que je ne sais pas lesquels de ces ouvrages ont été traduits en français. Il y a un auteur néerlandais que j’aime beaucoup, Erik Kriek. Je pense aussi à cet autre auteur, Miroslav Sekulic-Struja, qui était dans la sélection à Angoulême cette année. Et j’ai découvert tout récemment cet auteur français, Alex Inker. Il est bourré de talents, lui aussi. Je lis (et étudie) surtout des comics classiques. En ce moment je suis en train de lire de magnifiques collections des maîtres américains, Chester Gould et Roy Crane.

    

 

1 commentaire

  • NickCarraway
    Le 22 avr. à 16:43

    Cet auteur devient culte ! Pour avoir lu à sa sortie "Mon ami Dahmer", ça n'est pas un malentendu. Merci à Libfly de nous offrir des interviews comme celle-ci, vous nous gâtez.

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