Billet

Publié le 9 avril 2015 à 11:14

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Pecker : le livre qui travaille le travail qui te travaille.

Nous avons eu la chance de poser quelques questions à Chloé Alifax, auteure (entre autres) du superbe texte Pecker, publié aux éditions E-fractions et par ailleurs soumis à votre curiosité dans le cadre de la Voie des indés 2015.









Aurélie Olivier Dans Pecker, on suit une jeune femme de 18 ans qui a écourté sa scolarité. Elle trouve différents jobs, débute dans une lingerie, reste plus longtemps dans une usine qui fabrique des poches pour cancéreux… Dans cette usine, le travail est si pénible et la hiérarchie si présente qu’elle tend à faire ressortir ce qu’il y a de pire humainement chez certains ouvriers. Pour en finir avec cette ambiance inhumaine, l’une des ouvrières tente de se suicider en avalant des poches qui passent sur la chaîne.Cette image est particulièrement forte et j’ai l’impression qu’elle cristallise l’ensemble de votre livre qui fait des allers-retours permanents entre ce qui se joue dans l’intime, dans le corps par le biais du travail. En somme, un travail n’est jamais qu’un travail. « Comme si » la honte possiblement engendrée par le fait d’avoir un travail ingrat minait la vie intime, le rapport à soi, la possibilité d’une vie amoureuse… Cette association permanente vie privée/vie professionnelle, est-ce quelque chose que vous aviez particulièrement envie de montrer dans votre texte ?

Chloé Alifax Pecker est un roman ouvrier. Les américains nomment ce genre d’histoire, un roman d’apprentissage. Mais pour moi, « Pecker » se situe après l’apprentissage, il est en plein dans la vie active avec tout ce qu’elle comporte : La famille, le travail, les amis, l’ennui, l’espoir, les doutes et aussi l’amour… bancal. C’est de l’existence, une partie de la mienne, j’ai fait exactement ce qu’Elise (le personnage principal) raconte. Quand j’ai ressenti le besoin de l’écrire, je ne me suis pas posée la question à savoir ce que je voulais ou non montrer. Jamais je ne me pose cette question lorsque je commence un roman. La plupart du temps, je débute sur une image : Un visage, un paysage, un visage au milieu d’un paysage. Bref, une situation visuelle. Ensuite, je garde en moi cette image pendant plusieurs semaines, je m’en imprègne chaque jour, j’essaie de déceler ce que cette image déclenche en moi. Quand je crois le savoir, j’ose une phrase. Si elle ne me paraît pas assez percutante vis-à-vis de l’image, je recommence encore et encore. Et puis ça fonctionne ou ça plante. Si ça plante, je n’insiste pas, je jette l’image. Si ça fonctionne, l’histoire est alors en route et je m’amuse à l’écrire. S’il n’y a pas d’amusement, il n’y a pas de rythme. S’il n’y a pas de rythme, il n’y a pas de vie. Et sans vie, ce n’est pas la peine, c’est la mort assurée, c’est quelque chose d’ultra déprimant. C’est bête. Avec « Pecker », il y a eu plusieurs images. Mes parents, certains de mes amis envolés, moi à 18 ans, le pays Basque où je vivais à ce moment-là. Vie privée/vie professionnelle. C’est un tout comme pour la plupart des gens. Les différents travails que j’ai eus, ne m’ont pas plombée. Ils m’ont agacée parfois mais la vie autour était cool, on se marrait bien, ce n’était vraiment pas la sinistrose. Malgré la lourdeur des jobs, la légèreté tenait le cap en dehors, dans l’amitié. C’était à 18 ans. Et non à 30 ou 40. C’était une autre vision, l’adolescence était encore là, bien présente, on pouvait s’imaginer tout plaquer du jour au lendemain, on traçait des plans à ne plus en finir, on virevoltait, on atterrissait, on planait de nouveau et on ne faisait même pas le point à la fin de l’année. On s’en fichait, en fin de compte. J’ai fait attention à ça quand j’ai écrit « Pecker ». J’ai fait en sorte d’avoir encore 18 ans et non… Ma vision, elle devait être celle d’Elise. Un peu d’innocence, beaucoup d’espérance, une force neuve ou à peine entamée. C’était ça le plus « compliqué » : Parler de mes 18 ans, plusieurs années après, et en parler comme si je les avais toujours. C’est impossible, je pense. Mais c’est amusant de croire que cela peut l’être. On ne vit qu’une fois. C’est bon de se donner du lest. Ensuite, chacun voit ce qui le touche le plus, ce qui lui ressemble, peut-être.

AO Votre écriture a quelque chose de très vif, on la dirait taillée dans le réel. Elle m’a fait penser à celle de Calaferte dans Le requiem des innoncents. Quelles sont les langues qui vous inspirent ?

CA Je n’ai « lu » qu’un seul livre de Calaferte. Un livre que l’on m’avait offert : Septentrion. Je vais sûrement me faire huer, mais je ne l’ai pas lu entièrement. Pourquoi ? Aucune idée. Disons que je ne suis pas une grande lectrice. Aïe aïe aïe. Il y a une romancière américaine que j’adore : Sarah Schulman. Le hic, c’est qu’il y a très très peu de traductions françaises de ses romans. Dommage… pour moi, en tous cas. Autrement, il y a une autre femme que j’admire comme une folle. C’est la scénariste Diablo Cody. Elle, je l’aime. Pour son talent, sa beauté, son humour… Elle ne m’influence pas spécialement pour l’écriture mais j’en suis raide, c’est ainsi. En fait, je ne sais pas quels sont les langues qui m’inspirent. C’est plus visuel chez moi. Une ambiance visuelle. Derrière chaque image se cache une histoire. A moi, à chacun, de la raconter.

AO La lecture de Pecker m’a clairement donné envie de suivre votre travail. Quels sont vos projets en cours ? Seront-ils dans la lignée de Pecker ?

CA Merci pour l’envie de suivre mon travail, ça me touche. « Pecker » est mon 5ème roman publié. C’est un roman différent des 4 premiers. Il y a eu la saison 1 et maintenant la 2. Actuellement, je travaille sur un roman qui parle de l’adolescence. Ou du moins, d’une certaine adolescence. Il sera différent de Pecker de par son univers mais pour l’espérance, il en sera proche, car de 16 à 18, la marge est si fine que l’on aperçoit toute l’enfance au travers. Vous voyez, je rajeunis à chaque histoire.

7 commentaires

  • Pasdel
    Le 9 avr. à 12:53

    Une découverte qui à l'air d'être très intéressante

  • zazy
    Le 9 avr. à 13:38

    Très intéressant. Publiée par E-fractions signifie-t-il que ce livre n'existe qu'en version numérique ?

  • Aurélie Libfly
    Le 9 avr. à 13:41

    Oui, l'éditeur vous envoie une ebook-card avec laquelle vous pouvez vous connecter sur internet et télécharger très facilement le livre.

  • zazy
    Le 9 avr. à 14:41

    Je n'ai pas de liseuse électronique !! seulement la liseuse en laine de ma grand-mère bien rangée dans un placard du grenier

  • Aurélie Libfly
    Le 9 avr. à 14:54

    Cela dit, ça marche également sur ordinateur. De plus ce texte est plutôt court (101 pages)...

  • hebelin
    Le 9 avr. à 21:35

    Zazy, tu peux toujours contempler longuement la liseuse de ta grand-mère, elle va certainement te raconter des histoires qui en valent la peine! Il suffit d'un p'tit tour au grenier! Je savoure ton"envers du monde" tout doucement, quoique ayant fait un tour hier à la bibliothèque de Lynn( massachussets): environ trente centimètres linéaires de livres en français...!! Dont 3 Nothomb, un Houellebecq et un Beigbeider. Je déguste encore doucement ton livre....Par contre la biliothécaire me dit qu'elle accepte les dons de livres, j'y penserai l'an prochain!

  • afbf
    Le 14 avr. à 13:17

    Comme toi hebelin, je vais toujours voir le rayon littérature française quand je suis à l'étranger..A Dakar, rien à dire; rien trouvé à Douala...En Allemagne (Wiesbaden)c'est bien aussi Zazy, 101 pages à lire sur l'ordi, bien enveloppée dans la liseuse de ta grand-mère, ce n'est pas la mer à boire! je n'ai lu que 3 ou 4 livres sur ordi; 30 environ sur ma liseuse: je l'utiliserais davantage si cette salo...FNACbook était plus facile à manier...A cause du Kobo, sorti les mois d'après, le service technique a été incapable de m'aider! (je boycotte depuis!)

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