Billet

Publié le 17 mars 2014 à 22:55

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Point Presse / Quelques pas de solitude de Pascal Dessaint / par Geoffroy Deffre

Voici un petit texte déchirant de beauté. Le genre de texte que l’on a envie d’offrir modestement à tous les participants d’un dîner, un soir d’hiver. De Pascal Dessaint, nous savons qu’il est né en 1964 à Dunkerque, qu’il s’est vite intéressé aux oiseaux (prédestiné, vivant à Coudekerque « branche » ?), qu’il a grandi dans une famille ouvrière et nombreuse, qu’il s’est installé à Toulouse à vingt ans mais n’a jamais oublié son nord natal, qu’il a beaucoup voyagé et entre deux a publié des romans policiers (à moins que cela soit l’inverse)…
En 2012, il avait aussi écrit un petit texte, hors commerce, réservé aux habitués de la belle librairie Ombres blanches à Toulouse : Quelques pas de solitude. La complicité de libraires indépendants et d’éditeurs a fait le reste : François-Marie Bironneau, responsable du rayon littérature au Bateau livre à Lille, a judicieusement recommandé ces lignes à Benoît Verhille le patron de La Contre-Allée, à Fives, à l’occasion de la lancée d’une nouvelle collection de textes courts…
Préfacé par les deux libraires, trait d’union entre Toulouse et Lille, ce texte devient le symbole des appartenances de l’écrivain. Pascal Dessaint y croise apparitions et disparition : son observation de la nature animale lors de ses marches solitaires et le souvenir de son frère qui se donna la mort sans explication. A mots simples et précis.
En le lisant, un autre texte bouleversant me revient en mémoire : Notre besoin de consolation est impossible à rassasier, de Stig Dagerman (Actes Sud). Il y a 20 ans, j’avais offert ce texte à tous les amis invités à dîner, un soir chez moi en face de la Treille à Lille. Deux ans plus tard, l’une des participantes au dîner s’était suicidée, se jetant du douzième étage de son labo de recherche à San Francisco. C’était avant internet, je venais de recevoir une lettre d’elle et lui avais répondu aussitôt mais trop tard : elle n’a jamais reçu ma réponse. Cette fille brillante et grave, grande lectrice, je l’aimais un peu comme une sœur récemment découverte, une sœur en solitude sans doute. Je m’étais demandé jusqu’à quel point le texte de Dagerman, lui-même suicidé au gaz dans son garage en 1954, avait joué un rôle dans cette décision. Aucun sans doute, mais je n’ai jamais oublié ce drame. Pascal Dessaint, lui, écrit sur l’impossible deuil, l’impossible consolation après la mort d’un frère qui n’a pas laissé de mot non plus. Et le Dunkerquois de Toulouse le fait d’un style aussi riche de dépouillement que le Suédois Dagerman. Car ceux qui décident de partir ne peuvent expliquer leur geste à quiconque. Il est des lignes de faille, des fêlures, impossibles à explorer. Pour apaiser, un peu, sa peine, mieux vaut marcher parmi le mystère la nature, comme Pascal Dessaint.
Geoffroy Deffrennes

1 commentaire

  • Philisine Cave
    Le 18 mars à 14:32

    c'est un texte court très beau. Je suis bien d'accord.

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