Billet

Publié le 31 mai 2012 à 10:50

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Première table ronde: Yves Pagès, Edgar Kosma et Fabrice Thumerel

Scène nouvelle de la littérature, internet est un véritable laboratoire d’expérimentation où coexistent des formes hybrides, mêlant son, musique, texte et image. Les auteurs peuvent y exposer eux-mêmes leurs créations, sans intermédiaires. C’est également le cas des poètes de l’oralité, des slameurs.
Ces pratiques émergentes, souvent perçues comme marginales, sont pourtant l’occasion de reposer la question du statut de l’œuvre littéraire.
En bousculant des catégories auxquelles lecteurs et auteurs sont habitués, la littérature « hors les livres » repousse les frontières de la création. La littérature a-t-elle des limites ? Cette interrogation a-t-elle encore lieu d’être à l’heure du multimédia ? Autant de questions qui ont été posées durant la journée de réflexion et de performances « La littérature hors les livres ».

Première table ronde : Yves Pagès, Edgar Kosma et Fabrice Thumerel


Aujourd’hui, le livre n’est plus le centre institué de la littérature : une « anormalité » de celle-ci s’est développée en marge du livre. Yves Pagès, Fabrice Thumerel et Edgar Kosma étaient présents pour débattre de cette question et présenter leur travail respectif.

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Fabrice Thumerel est universitaire et également cofondateur du site Libr-critique. Créé en 2006, ce site a pour but de mettre au service du public, de la littérature et des savoirs universitaires. Mais à la différence de la critique universitaire, le site ne s’intéresse pas qu’à des auteurs « déjà installés », explique Fabrice Thumerel. Libr-critique s’occupe de « la littérature qui est en train de se faire » et ne laisse donc pas de côté les supports nouveaux. Autre dimension importante pour le site : la mise en critique de la société, la remise en cause des ordres établis.

Edgar Kosma est quant à lui, parallèlement à son activité d’auteur, l’un des deux éditeurs fondateurs d’Onlit.net, la première maison d’édition 100% numérique de Belgique. (Retrouvez notre interview d’Edgar Kosma)
Son but ? Placer de la littérature dans le média internet. Pour cet éditeur numérique de la première heure, internet est apparu d’emblée comme un formidable moyen de diffuser et de créer des textes. Avec moins de contraintes logistiques, le numérique est aux yeux d’Edgar Kosma, l’occasion de pouvoir se concentrer davantage sur la narration.

Depuis 2010, l’auteur et éditeur Yves Pagès tient le blog archyves.net. Attaché au texte court, celui qui dit aimer « la crise du roman », y poste du texte, de la photo, des documents hétéroclites… L’ensemble formant des « fragments de regard et de pensée ». Internet lui permet de faire exister un système de photos-légendes, tout en sortant du cloisonnement des pratiques. C’est aussi un moyen de rendre hommage à des moments de vie précieux. Ecrire pour un blog, est un acte qui n’appartient ni au journalisme, ni à la littérature, précise-t-il.

Il apparaît très vite que le format court occupe une place importante dans le travail des trois invités. Pourquoi ? Selon Fabrice Thumerel, la première raison est que le texte long n’est pas lu s’il se présente sur support numérique. Le texte court, comme la publication sous forme de feuilletons, semblent plus adaptés au numérique et à internet. Pour lui, une véritable « révolution de la lecture » est en train de s’opérer. Edgar Kosma précise que pour Onlit.net, aucun critère de longueur n’est imposé. Pour l’éditeur, ce qui compte c’est avant tout la qualité du texte. Le texte court est donc pour lui un choix, une préférence littéraire.
Au-delà du texte, que trouve-t-on en matière de littérature sur internet ? Fabrice Thumerel, en proposant au public présent d’écouter une pièce sonore disponible sur libr-critique, rappelle que le site dispose de toute une « librairie sonore ». Cette possibilité de diffuser sur internet du son, de l’image et bien d’autres choses au même titre que du texte, permet selon lui de « faire remonter des choses marginalisées ».
« La diversité est sur internet » affirme Edgar Kosma. Pour ce dernier, le numérique permet à l’éditeur de prendre beaucoup plus de risques. Il pose aussi la question d’une communication nouvelle entre les différents acteurs de la littérature. Cette diversité, cette prise de risque est possible, selon Yves Pagès, parce qu’internet est un espace d’échange des biens culturels non marchand. Cet espace permettrait de sortir de la « dictature du codex » et de créer plus librement. Mais internet est, rappelle l’auteur-blogueur, une question profondément politique, également liée à l’éthique. Internet pose également la question de la valeur des productions. L’auto-édition, mal employée, pourrait rendre la production littéraire sur internet totalement stérile. Finalement, pour lui il est primordial de se demander : « Comment veut-on s’approprier l’espace internet ? ».

Exhiber les codes qui dominent notre société, remettre en cause les discours dominants : internet semble le lieu où sont réactivées les idées de l’avant-garde des années 60 et 70. Des objets hybrides, répondants à cet idéal créatif, sont présents sur internet. Qu’en est-il donc des formes expérimentales littéraires sur internet ?
Du côté de l’édition numérique, c’est avant tout à l’auteur de choisir s’il veut enrichir son texte ou non rappelle Edgar Kosma. Il n’y a pas de « dogme de l’enrichissement » insiste-t-il.
Yves Pagès quant à lui propose du « work in progress » gratuit sur son blog archyves, comme son texte « souviens-moi » ou ses brèves de mémoire. En présentant son blog au public, l’auteur explique comment internet est un moyen de détruire la figure du « je », le « moi » de l’auteur. En effet, nombre d’internautes arrivent sur son blog par des biais très différents et sans savoir qu’il est celui d’un auteur. Ce système rhizomique permet de rompre avec l’idée de clôture de l’œuvre, comme le note Fabrice Thumerel. Avec internet et notamment le blog, l’auteur peut « coloniser » de nouveaux espaces, sortir d’une frustration liée à l’unique activité de l’écriture.
Finalement, internet est un moyen pour l’écrivain de déplacer son atelier dans l’espace public. Yves Pagès conclue à propos de la création numérique, très optimiste : « les marges ont beaucoup de marge pour se développer ».

A propos

==La littérature hors les livres… Vaste programme !== **Dire un poème, slamer un texte, improviser, tenir un blog d’auteur, jouer du format Twitter, de l’infini d’une page internet, de l’instantanéité du web, de la rencontre avec le public, des nouvelles technologies numériques, de la pluridisciplinarité….** [x_image http://www.libfly.com/public/images/evenement/2012-05-24_expressions_revolutions/pave-expressions-revolutions.jpg forum global] Mots dits, parlés, échangés, hurlés, peints, filmés, phrasés slamés, dansés… Les formats et les intentions sont aussi diverses qu’il y a d’auteurs, comme en toute littérature, mais les nouveaux outils de communication influencent clairement les pratiques de création et nous interrogent sur leurs évolutions. Que permettent-ils spécifiquement ? Quelles nouvelles pratiques ont vu le jour ? Comment ces auteurs saisissent-ils les outils et pour modeler quel discours, à destination de quel public ? Le métier d’écrivain est-il aujourd’hui en profonde mutation où rejoue-t-il des scénarios anciens à l’aide d’ingrédients nouveaux ? Car c’est bien l’oralité à laquelle on pense d’abord quand on pense l’espace en dehors de pages imprimées, d’un objet façonné. Cette oralité qui, jusqu’à Gutenberg et même quelques temps après lui, constituait pour les peuples l’unique moyen de communication, de l’histoire et des histoires, donc de leurs identités. Tous les savoirs : contes et légendes, manuels, règles et jeux… ont été couchés sur papier après, en même temps que l’interaction interpersonnelle devenait moins --sine qua non-- si l’on voulait apprendre. On pense à Patrick Chamoiseau, qui ne voit le métier d’écrivain que comme celui d’un « Marqueur de paroles », qui tente de rendre compte à l’écrit de la diversité et de la richesse de l’oralité. Sous quelles formes persistent aujourd’hui cet héritage oral ? Quelles évolutions peut-on constater ? Quelles formes poétiques sont-elles empruntées et à quoi empruntent-elles ? Que produit la mobilisation corporelle du poète ? Quand est-ce que l’auteur décide que l’oralité devient le prolongement d’un texte écrit ou au contraire son origine, ou plus encore, n’existe que pour elle-même sans nécessité d’être tracée ? ==Trois temps seront dédiés à la littérature hors les livres en ce joli mois de mai (si si, il sera joli) sur Libfly et ailleurs== /// Le 24 mai 2012 à Lille, le Centre régional des lettres et du livre Nord –Pas de Calais, la Générale d’Imaginaire et Libfly vous invitent à **[http://www.libfly.com/la-litterature-hors-les-livres-une-journee-de-reflexions-et-de-performances-rediffusee-sur-libfly-com-billet-1738-593.html une journée de réflexion et de performances sur la thématique]**. Cette journée **sera rediffusée en vidéo** et en intégralité sur Libfly.com. Retrouvez le programme de la journée dans un message de ce forum. [x_image http://www.libfly.com/public/images/evenement/2012-05-24_expressions_revolutions/Journee_Hors_Les_Livres.jpg journée] /// À cette occasion, et comme nous aimons beaucoup partager avec vous en amont des temps forts, nous vous proposons de **[http://www.libfly.com/slam-un-panorama-groupe-592-5-4.html partir à la découverte du slam et de la poésie orale] grâce au concours de [http://le-slam.org/ slam.org]**, un portail internet qui existe depuis 2006 et a la volonté d’être une vitrine la plus exhaustive possible de la richesse du slam en France. Un forum est dédié à ce partenariat, que nous enrichirons au fur et à mesure avec les présentations des artistes et compagnies. Nous commençons avec **[http://www.libfly.com/la-compagnie-generale-d-imaginaire-billet-1736-592.html l’interview de deux membres de la Générale d’Imaginaire]**, partenaire de la journée du 24 mai : Stéphane Gornikowski et Marie Ginet. Très bonne introduction quand on est, comme nous, encore peu au fait de ce que peuvent recouvrir les termes « slam » ou « poésie orale » et de ce en quoi consistent ces collectifs d’artistes et de poètes. Échange qui fut riche et qui démontre toute l’importance de l’oralité dans la création d’un lien social effectif. [x_image http://www.libfly.com/public/images/evenement/2012-05-24_expressions_revolutions/Slam_Un_Panorama.jpg panorama] /// Enfin, c’est avec beaucoup de plaisir que nous vous proposons de **[http://www.libfly.com/decouvrez-les-editions-l-agitee-billet-1737-593.html découvrir la maison d’édition rattachée à la Générale d’Imaginaire : L’Agitée] et ses livres-CD de poètes-slameurs en échange d’une critique** : Julien Delmaire (poète invité cette année au festival Étonnants voyageurs), Thomas Suel, Marie Ginet… Occasion d’appréhender un peu plus le genre, la diversité des créations et le rapport entre oral et écrit. Chaque page des livres proposés à la diffusion vous offrent un extrait audio du CD. [x_image http://www.libfly.com/public/images/evenement/2012-05-24_expressions_revolutions/Editions_L_Agitee.jpg Agitée] Nous serons ravis d’échanger avec vous sur vos impressions et vos expériences de littératures hors les livres, dans votre bibliothèque, sur internet etc…. et nous vous souhaitons une très belle découverte ou redécouverte d’expressions qui méritent pour beaucoup d’être reconsidérées à la lumière de leurs qualités littéraires et de l’émotion unique qu’elles offrent. A très vite !!