Édition : Gallimard (poche, 22 Mars 1996)
ISBN-13: 9782070393688
Sa critique : "La première fois qu'Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide."La première phrase de ce roman fleuve n'augure pas les meilleurs auspices de la future histoire d'amour entre Aurélien, rentier noceur...[lire la suite], dont le principal trait de caractère se résume à: "il n'achevait rien, ni une pensée, ni une aventure. Le monde était pour lui pleins de digressions qui le menaient sans cesse à la dérive", et Bérénice dont le cousin dit que "c'est un diable dans le bénitier", une femme timide en quête de l'absolu. Au fur et à mesure de leurs rencontres dans le Paris mondain de 1923, Aurélien la trouvera de plus en plus jolie et tombera amoureux. Or, c'est un sentiment nouveau pour cet homme habitué aux passades d'un soir, trop soucieux de ne pas s'engager par goût de liberté. Mais, à la longue, il se rend compte que son siècle s'écrit en deux mots: "il y avait eu la guerre, il y avait Bérénice". Autour d'eux, gravitent des personnages tous aussi intéressants de par leur complexité psychologique. Aragon fait évoluer des personnages très soucieux du paraître au point de parfois en devenir ridicules, mais parfois profonds et malheureux une fois que les rideaux mondains sont tombés. Le lecteur suit la déliquescence du couple Blanchette-Edmond, les amours de Rose Melrose, actrice tragique en vue, les soirées mondaines de Mary Perseval et l'entrée en société de son jeune amant poète Paul Denis. Les gens se rencontrent dans les cafés, les ateliers de Picasso ou autres peintres plus obscurs, le jardin de Giverny chez Monet...Bref, c'est tout une ambiance qu'Aragon a su retranscrire, et son génie vient du fait qu'il a su raconter une très belle histoire d'amour entre deux êtres que tout sépare dans un contexte peu propice. Comme le résume Ambreuse, l'ami d'Aurélien: "les femmes avec lesquelles on couche, ce n'est pas grave. Le chiendent, ce sont celles avec lesquelles on ne couche pas." Ainsi, pour Bérénice, Aurélien est son absolu; Pour Aurélien, "Bérénice est son secret. La poésie de sa vie", c'est son chiendent. En conclusion, un superbe roman à lire d'urgence "pour ne pas mourir idiot"!
vivi
Édition : Quai voltaire (grand format, 5 Janvier 2012)
ISBN-13: 9782710367543
Sa critique : Sheila Kohler, en lisant une biographie des soeurs Bronté, fut frappée par le fait que des zones d'ombre persistaient durant la période où Charlotte veillait sur son père alité. De ce constat, elle a construit la trame e...[lire la suite]ntière de son roman. Elle part ainsi du principe que les première lignes de Jane Eyre furent écrites dans un petit carnet lorsque Charlotte gardait son révérend de père. Elle se servit de ses souvenirs, ses amours contrariés et surtout des caractères plus ou moins tranchés de son entourage pour créer les personnages de son roman. "Elle écrit à partir de ce qu'elle sait de la vie, de la littérature, de l'amour, s'immergeant dans son récit sans gaspiller le temps du lecteur ni mettre sa patience à l'épreuve par de longs préliminaires." Le lecteur se rend compte très vite que les frustrations des sœurs Bronté ont servi de leitmotiv à l'écriture de leurs livres. A défaut d'avoir une vie véritable, elles couchent sur le papier ce qu'elles auraient aimé ressentir: "écrire est sa façon de s'évader, de fuir cette cellule de solitude, d'obscurité et de désespoir. Son esprit est libre d'errer à sa guise. Elle ose affronter à ses humiliations, à ses peines et leur donner une structure." Le succès de Jane Eyre va permettre à son auteur d'entrevoir autre chose que l'austérité du presbytère familial, les crises alcooliques de son frère et la jalousie enfouie de ses sœurs. Sheila Kohler insiste bien sur le fait que les personnages sont fictifs et que son histoire est bel et bien une fiction. N'empêche qu'elle a su utiliser avec intelligence et parcimonie les données biographiques pour proposer une version de la jeunesse de Jane Eyre tout à fait plausible. Son écriture, toute en rondeur et au vocabulaire choisi, décrit avec soin la difficulté d'exister en littérature lorsqu'on est une femme sans condition. L'auteur a voulu mettre en avant la revanche d'une femme qui, à défaut d'avoir vécu, a fait de "sa rage" sa source d'inspiration et de succès. Enfin, en faisant allusion au contenu du roman de Charlotte, on ne peut que saluer les rapprochements: il devient en fait un conglomérat du vécu de l'auteur. Un très bon livre à découvrir!
Édition : A. michel (grand format, 28 Mars 2011)
ISBN-13: 9782226221285
Sa critique : Golden Richards, entrepreneur polygame, est au yeux de sa communauté, le chef de famille idéal. Il incarne le modèle, pressenti même pour devenir "le Puissant et le Fort" au sein de l' Eglise-de-Jésus-Christ-de...[lire la suite]s-Saints-des-Derniers-Jours. Or, Golden se sent submergé par les responsabilités et sa famille plus que respectable. En fait ce sont surtout ses "épouses-sœurs" qui tiennent la culotte: elles élèvent les vingt huit enfants, se partagent les temps de présence de leur mari (ce qui nous vaut des scènes cocasses et particulièrement drôles!), et veillent au bon fonctionnement des deux maisons. Mais, on comprend tout de suite que cette famille évolue en vase clos, toujours en attente du père trop souvent absent et qui se sent éternellement dépassé. Or, Golden recherche l'isolement en acceptant un chantier au loin:"la seule chose qu'il savait avec certitude, c'est qu'il était venu dans le Nevada pour s'échapper, vivre à l'écart, (...) mais son sentiment de solitude frisait le désespoir."Or, cette expérience va lui permettre d'entrevoir la normalité: "il avait si peu l'expérience de la normalité qu'elle lui paraissait grisante et peut-être même un peu perverse".Pendant ce temps, ses épouses et ses enfants l'attendent...soit en lisant des romans à l'eau de rose, leur permettant d'oublier un temps leurs vies faites de refoulement et de sacrifice, soit en élaborant des stratégies d'enfants pour exister en tant qu'être à part entière au sein de la multitude. Ce second roman de Brady Udall est très réussi car non seulement il propose une histoire singulière mais il la traite aussi avec humour et compassion. Certains lecteurs reconnaîtront en Rusty, le "mal aimé" de la famille, un certain Edgar MInt..A mon sens, à travers ce roman, l'auteur a voulu expliquer que la polygamie n'est pas une histoire de sexe, et que ce genre de famille ressemble à une famille normale en version amplifiée avec ses drames, ses heurts, ses frustrations, mais aussi surtout avec de l'amour. En effet, Golden aime ses épouses et tous ses enfants même s'il n'a pas le temps de les connaître aussi bien qu'il le voudrait. En fait "le polygame solitaire "est le roman du paradoxe et des responsabilités paternelles, du désir d'émancipation et des sentiments, bref le roman en conséquence d'une famille normale. Gros coup de cœur! que la polygamie n'est pas une histoire de sexe, et que ce genre de famille ressemble à une famille normale en version amplifiée avec ses drames, ses heurts, ses frustrations, mais aussi surtout avec de l'amour. En effet, Golden aime ses épouses et tous ses enfants même s'il n'a pas le temps de les connaître aussi bien qu'il le voudrait. En fait "le polygame solitaire "est le roman du paradoxe et des responsabilités paternelles, du désir d'émancipation et des sentiments, bref le roman en conséquence d'une famille normale. Gros coup de cœur!
vivi
Édition : Quidam éd. (grand format, 25 Août 2011)
ISBN-13: 9782915018615
Sa critique : Ce petit bijou (méconnu) de la rentrée littéraire de septembre étonne autant par sa forme que par son contenu. Félix, qui "se donne une année, pas une de plus, pour prendre une décision" sur son avenir, décide ...[lire la suite]de tenir un journal quotidien, auquel il associe un titre musical par jour. Chaque page devient alors une journée + une référence "musique". Se disant "un être à genoux", rempli d'images atroces emmagasinées de ses voyages comme reporter de l'extrême dans des pays en guerre ou en proie à des violences intestines, Félix veut retrouver "l'idée de lenteur et de simplicité" qu'il a perdue. Il s'installe dans un petit village au bord de mer, y rencontre des gens, et surtout tombe amoureux fou. Néanmoins, en filigrane, invariablement, revient son projet, son dernier "baroud d'honneur" avant de changer radicalement de vie. Et parce que ce roman pourrait devenir monotone tant par sa forme "journal intime" que par son contenu: la renaissance d'un homme fracassé par la vie, ses accès mélancoliques et ses joies immenses (un bipolaire finalement), l'auteur casse le rythme par un événement majeur. A cela il y associe et la forme du texte et le changement de narrateur, pour aboutir à une fin en rien concevable pour ce genre de fiction, mais digne d'un roman policier. En fait, c'est cela qui m'a beaucoup plus dans ce roman, l'idée d'un renouvellement permanent, l'idée de la forme au service du fond, l'idée d'associer des références musicales éclectiques (tous les genres y passent) à l'humeur du moment, et surtout une fin qu'on n'attend pas. De plus, Félix, n'est qu'un conglomérat d'émotions et de comportements bien connus, si bien que chaque lecteur peut s'y retrouver. Mais pourquoi "année de l'hippocampe"? Simplement parce que l'hippocampe est l'animal le plus lent du monde pour se déplacer, mais il est capable d'une rapidité fulgurante pour se défendre et manger. La lenteur est aussi moyen de renaître et de reprendre goût à la vie lorsqu'on a trop "couru" jusque là. Bref, une pépite littéraire à découvrir sans tarder.
vivi
Édition : R. laffont (grand format, 13 Octobre 2011)
ISBN-13: 9782221127438
Sa critique : "Je me contentais de rêver que j'attirais l'attention de quelqu'un, que des gens me regardaient et prononçaient mon nom", se rappelle Marilyn lorsqu'elle était Norma Jean, jeune orpheline ballottée de famille d...[lire la suite]'accueil en famille d'accueil pour seulement cinq dollars, et qui, par ignorance d'un geste de tendresse, se forgea très tôt une carapace. A treize ans, elle attire le regard des hommes, et comprend que son corps sera un atout essentiel, simplement Norma reste une fille simple, un peu rêveuse, pas tout à fait le stéréotype de l'allumeuse: "une étrange sensation m'avait envahie, comme si j'avais été scindée en deux personnes distinctes. L'une Norma Jean, de l'orphelinat, n'appartenait à personne. L'autre, j'en ignorais le nom". De là, va survenir la fracture qui, d'année en année, de bonheurs en désillusions, aura raison de la santé mentale de l'actrice. Or, dans ce livre Marilyn raconte son enfance, son ascension, puis arrête sa confession au moment de son mariage avec Joe DiMaggio. On sent qu'elle est une fille fragile, "border line", d'ailleurs elle n'hésite pas à dire: "oui, il y avait quelque chose de spécial chez moi, et je savais ce que c'était. J'étais le genre de filles qu'on retrouve morte dans une chambre minable, un flacon de somnifères vide à la main."Lucide sur son tempérament, son ignorance, sa fragilité, elle reste aussi lucide sur le "star system" et les gens qui y travaillent. Là aussi, elle se rend compte qu'il existe un fossé immense entre le paraître et la réalité. Finalement, elle est restée la petite fille fragile, non aimée, et qui, malgré la gloire et plus tard l'argent, reste terrifiée en contemplant le monde. Marilyn n'est qu'une façade,une carapace, une publicité dans laquelle se cache Norma Jean.Et quand le soir Marilyn disparaît, Norma se dit "je n'ai jamais vécu, je n'ai jamais été aimée." Prémonitoire, non?
vivi
Édition : Gallimard (poche, 26 Juillet 1972)
ISBN-13: 9782070361625
Sa critique : Un peu perdue les cinquante premières pages, il m'a fallu lire la préface du traducteur pour bien me situer le contexte, les personnages, et surtout appréhender la technique littéraire du "courant de conscience"...[lire la suite]; dont j'ignorais tout jusque là. Puis, je suis véritablement entrée dans ce roman complexe, déroutant, rempli de fulgurances littéraires, et écrit tel un monologue intérieur retranscrivant les fils achevés ou inachevés de la pensée. L'histoire de la famille Compson est pleine de bruits: elle est remplie à longueur de journées des gémissements de Benjy, l'idiot de la famille, "Benjy se mit à gémir longuement, désespérément. Ce n'était rien. Juste un son." Ces plaintes s'accompagnent des appels incessant de la mère, cloîtrée dans sa chambre, des menaces du frère Jason qui veut l'envoyer à l'asile, des prises de bec entre les domestiques noirs. Le bruit, c'est aussi le tic tac incessant des horloges qui hante l'esprit de Quentin, le fils, étudiant à Harvard, et amoureux de sa sœur. Enfin, le bruit c'est aussi la rumeur qui court sur les mœurs de la sœur, Caddie, et plus tard sur celles de sa propre fille. Par le choix de trois monologues intérieurs et un récit objectif à la fin, l'auteur décrit la déliquescence d'une famille sudiste au début du siècle. De mauvaises décisions en malchance, les Compson deviennent l'ombre d'eux mêmes. Dès lors, en filigrane, le lecteur comprend qu'un de ses membres, involontairement, sera mis de côté. Jason va grandir avec "la fureur" en lui. Il devient un homme en colère, "au sang froid", hargneux. pourtant, sa mère dit de lui qu'il est "sa joie et son salut", mais n'est-il pas aussi celui qu'on a sacrifié pour permettre au restant de la fratrie de pouvoir vivre leur vie? Ainsi, Jason devient l'incarnation de la fureur à un point tel qu'elle lui donne d'horribles migraines. Et, au milieu de cette famille de Blancs, les domestiques noirs (nègres selon l'expression bien sudiste), dont la doyenne, Dilsey, témoins impuissants de ce carnage. Dilsey peut dire; "j'ai vu le commencement et la fin"; en effet, elle a vu cette famille heureuse et prospère malgré le handicap de Benjy, et elle voit ce qu'il en reste. Malgré les brimades, la méchanceté gratuite de Jason,le dénuement, elle reste dévouée et attachée aux Compson, berçant encore le grand corps bestial de Benjy tel un bébé. Le père Compson aimait à dire qu'"un homme est la somme de ses malheurs". Il a laissé une famille à l'agonie, dépassée par ses enfants et sa rancœur, incapable de tourner la page. Le style employé déroute au début puis imprègne le lecteur au point de faire corps avec le récit. Il symbolise à lui seul les déraillements de l'esprit, les non-dits, les vitesses de la pensée. Et même si quelques passages restent obscurs, on ne peut que convenir que ce n'est que le choix de Faulkner de garder une part de mystère. Néanmoins, cette œuvre est la preuve que la prose peut être au service du récit.
vivi