Édition : Fallois (grand format, 15 Mai 2013)
ISBN-13: 9782877068277
Sa critique : Cet écrit de captivité, rédigé d'une écriture fine au crayon à papier duarnt la seconde guerre mondiale, sera retrouvé par les enfants de Robert Merle, en 2004, après son décès.
Premier écrit, dernière publication.
Rob...[lire la suite]ert Merle a toujours tenté de comprendre, d'illustrer la marche de l'Histoire qui soudainement défigure ou transcende le destin des hommes et c'est sans aucun doute dans cet écrit que nous pouvons trouver le germe de l'esprit de toute l'oeuvre de Robert Merle. En cet été 1939, une journée viendra faire basculer le monde. Il y aura eu pour chaque homme, femme, enfant, village, cet instant, cette minute qui irrémédiablement fracturera leur espace temps.
Pour tous il aura existé un "Avant", ils tenteront tous de survivre "Pendant", et pour les plus chanceux d'entre eux commencera une autre vie "Après".
Le premier tableau de Malvil m'est revenu en mémoire au cours de la description par l'auteur de ces dernières heures estivales à Primerol, en cette année 1939, l'année charnière, l'année "ground zero".
Un écrit flash back qui nous rappelle la fragilité de chaque époque.
Si nous considérons vivre "l'après" à quel moment précisément interviendra l'évènement qui transformera ce confortable "après" en un prochain et regrettable "avant" ? Quel sera l' événement qui viendra demain peser si lourd sur le grand plateau de l'Histoire que notre monde en viendra totalement à basculer ? Supposons que nous devions tous vivre notre dernier été..
Astrid SHRIQUI GARAIN
Édition : 10-18 (poche, 21 Février 2008)
ISBN-13: 9782264045812
Sa critique : Le sujet central du roman de Pascal Mercier traduit de l'allemand par Nicole Casanova, « Train de nuit pour Lisbonne », est : la Perception.
La perception que nous avons de l'Autre, du monde qui nous entoure, de nous m...[lire la suite]êmes, de notre vie, et de ce fait, de son sens,
Le professeur Gregorius, vieux professeur des langues anciennes, a vécu toute sa vie à travers les textes anciens ( grecs, latins, hébreux,). Il définissait et percevait la vie à travers ce prisme de parchemins.
Du jour au lendemain, la vie, qu'il ne percevait pas, se charge de se rappeler au son bon souvenir, en lui déposant entre les mains un livre « Un orfèvre des mots » d'un auteur portugais, jusqu'alors inconnu. Pour lui, les premières lignes de ce livre prendront valeur de signal.
Il part ainsi en quête de la mémoire de ce poète portugais Amadeu de Prado, ancien enfant prodige, médecin, « prêtre sans Dieu », mort depuis plusieurs années.
Il ne connaît rien de cet homme, ne connaît rien de sa vie, de sa langue, de son passé, seuls les mots contenus dans un livre le pousse à aller à sa rencontre.
A travers la mémoire d'un homme, dont il recomposera méticuleusement la vie, à travers les témoignages de ceux qui auront traversé sa vie, les lieux de sa mémoire, ses écrits, il comprendra la perception d'Amadeu, son intelligence, et c'est par cette quête qu'il va lui même, peu à peu percevoir le monde et ceux qui l'entourent.
Lui, le professeur érudit et si sagement rangé dans les rayons de cette bibliothèque dont il armait sa vie, va comprendre toute la complexité des êtres, leur densité, leur profondeur, leur multitude intérieure :
« Chacun de nous est plusieurs à soi tout seul, est nombreux, est une prolifération de soi-mêmes. C'est pourquoi l'être qui dédaigne l'air ambiant n'est pas le même que celui qui le savoure ou qui en souffre. Il y a des gens d'espèces bien différentes dans la vaste colonie de notre être, qui pensent et sentent différemment -Fernando Pessoa, Livro do desessossego. »
Il va réaliser tout simplement le monde qu'il perçoit.
La vérité se trouve en chacun de nous, et il est vain de vouloir éperdument la découvrir chez l'Autre. Là n'est pas le but d'une vie. Vivre parmi les autres, pas à travers les autres. Vivre en soi et non pour soi.
« toute activité humaine n'est que l'expression hautement imparfaite et même ridiculement maladroite d'une vie intérieure cachée, à la profondeur insoupçonnée, qui tend vers la surface sans pouvoir jamais l'atteindre fût-ce même de très loin. »
« Les paroles sont elles encore l'expression de nos pensées ? »
Pouvons nous atteindre l'Autre par nos mots, devons nous au moins tenter d'y parvenir ? Et que retiendra l'Autre de tout ce que nous tentons de lui adresser. Qu'en percevra t il exactement ? Comment être certain que notre perception soit identique à celle de l'Autre ?
« On ne voit pas des êtres humains comme des maisons, des arbres et des étoiles. On les voit dans l'attente de pouvoir d'une certaine manière les rencontrer et ainsi les intégrer à son propre univers intérieur. L'imagination les rectifie pour les adapter à nos propres souhaits et espoirs, mais aussi pour qu'ils puissent confirmer nos propres peurs et préjugés..Nous ne parvenons même pas jusqu'aux contours extérieurs de l 'autre. »
Quel peut être la raison de cette difficulté , de l'existence ce doute perpétuel que chacun connaît ?.
« Que se passerait il si nous nous affrontions sans la double réfraction que représente le corps interprété. Si sans rien entre nous qui divisât et falsifiât, nous nous précipitions pour ainsi dire les uns dans les autres ? ». Qu'arriverait il ?
Ce que nous voyons, percevons, est ce la Réalité ou est ce uniquement la projection de ce que nous créons en nous même?
« Tout ce que nous voyons du monde extérieur comporte aussi une partie de notre monde intérieur. »
« L'idéal fanatique de la connaissance » poussait de Prado a continuellement remettre en question son image, l'image de l'Autre, l'image du monde qui l'entourait. Ce questionnement, chaque jour plus puissant, chaque jour de plus en plus exigeant le mena au bout de ce qu'il pouvait percevoir de l'Autre, et donc de lui même. La limite, la limite avant le probable basculement vers l'autre côté du miroir.
« elle n'est tout simplement pas possible, la franchise illimitée, dit jorge quand ils se serrerent la main dans la rue.Elle dépasse nos forces. Solitude par obligation de se taire, cela aussi existe. »
« Sur mille expériences que nous faisons, nous tout au plus une par le langage. Parmi toutes ces expériences muettes sont cachées celles qui donnent secrètement à notre vie sa forme, sa couleur et sa mélodie. »
Cette limite qui l'aura mené au bord de cet abîme existentiel, lui fera perdre l'usage du verbe, lui fera perdre parole.
« Au commencement était le verbe et le verbe était avec Dieu.Il étaient au commencement avec Dieu.Tout fut par lui et sans lui rien ne fut.De tout être il était la vie et la vie était la lumière des hommes. (Taduction de l'Ecole Biblique de Jérusalem ). »
De Prado aura perdu la lumière avant que ne vienne la nuit. Gregorius reviendra vers la lumière, « L'orfèvre des mots » lui aura permis d'en apprendre l'usage.
Le mot "zakhar" en hébreu signifie l'homme et "zekher" signifie la mémoire.
« En mettant en lumière le passé, la mémoire construit le présent. » ( Le rabbin Nachum Braverman ).
Astrid SHRIQUI GARAIN
Édition : O. jacob (grand format, 26 Janvier 2012)
ISBN-13: 9782738127549
Sa critique : Si le sel relève la saveur de nos plats, se pourrait qu'il soit le "révélateur" le plus important de nos vies? Quel est donc la nature de ce sel qui se dépose sur chaque instant de nos vies? qui transforme au p...[lire la suite]lus profond de nous, nos souvenirs en marqueurs indélébiles, à jamais exhausteurs de plaisir, de joie, de plénitude, de béatitude? Fantaisies quotidiennes, rayons furtifs traversant nos saisons , éclats puissants et éphémères parcourant chacun de nos âges, moments fugaces,impalpables, qui dessinent chaque jour un sourire sur nos visages.
Comme ils sont précieux ces jours "sans importance", ces petites heures légères arrachées au dur labeur, aux grandes peurs, aux horribles frayeurs. C'est ce sel particulier qui donne toute sa saveur à la vie, qui nous redonne l'appétit lorsque parfois on craint d'en avoir perdu le goût. Un vrai et délicieux plaisir de lecture.
Astrid SHRIQUI GARAIN
Édition : Flammarion (grand format, 7 Novembre 2009)
ISBN-13: 9782081233096
Sa critique : A liberté n'est pas un but, c'est un moyen. Il faut s'extraire de la condition dans laquelle on se limite soi même. le vol de Jonathan c'est l'ascension vers la connaissance absolue : l'omniprésence. C'est le désir fou d...[lire la suite]e vouloir s'extraire pour faire partie du Tout. Son voyage est le voyage commun à tous. C'est le définition de notre nature : combattre notre instinct et nous élever, non pas "au dessus" mais "vers" . La rapidité de Jonathan n'est que l'illustration de ce qui nous devons tenter perpétuellement : le mouvement ascensionnel. Et comme tout mouvement, il a la particularité de se transmettre à tout ce qui l'entoure.
" Qui ne monte pas, tombe" nous a appris Gaston Bachelard.
Un grand battement d'ailes pourrait bien tous nous mener au Sommet, ça c'est l'effet."Jonathan". C'est possible puisqu'il l'a fait !
Astrid SHRIQUI GARAIN
Sa critique : Lorsque la porte de La Chambre de Giovanni se referme comment ne pas penser au condamné à mort de Jean Genet ? « On dit que la Guyane est une terre chaude. Il se peut qu'on s'évade en passant par le toit... ». Cette cha...[lire la suite]mbre deviendra pour le narrateur l'anti-chambre de sa vie.
Giovanni est beau, et c'est par ses mots, par cette langue particulière de James Baldwin que Giovanni devient tout au long du roman si tragiquement beau.
Splendeur et décadence d'un ange.
Giovanni est, tout simplement. le narrateur fut sans doute... , deviendra peut être....
Son errance identitaire, qu'il nomme voyage, fera sombrer dans son sillage tous ceux qui ont tenté de l'aimer.
La Chambre de Giovanni : voilà la véritable scène du crime.
Se réfugiant derrière un choix qu'il croit possible , il ne réussit que très maladroitement à ne pas s'avouer que le seul mal dont il souffre et qu'il répand derrière lui n'est en fait que son incapacité d'aimer. Tout choix alors lui est dès le départ impossible. Comment peut on choisir entre deux êtres que l'on croit aimer alors que ces deux amours en fait n'existent pas.
Le mensonge de l'un génèrera la violence de l'ange. C'est beau, c'est magnifiquement écrit, une véritable tragédie.
En dormant sous les toits, il se peut que certains anges n'en réchappent pas. Peut être que la Guyane , en fait, n'existait pas...
La traduction d' Elisabeth Guinsbourg nous permet de découvrir ce Paris des années 50 sous les lumières particulières de Baldwin. Cela faisait vingt cinq ans que ce classique de la littérature afro américaine ne nous avait pas été présenté dans la langue de Carco.
Astrid SHRIQUI GARAIN
Édition : Fayard (grand format, 20 Septembre 2000)
ISBN-13: 9782213607368
Sa critique : Rosa Luxemburg est un personnage historique. de ceux qui marquent d'une façon indélébile la marche du temps des hommes. Née en 1871, année de la Commune de Paris, le destin de cette intellectuelle militante accompagneron...[lire la suite]t les années les plus décisives de l'histoire européenne.
Femme, humaniste, révolutionnaire, journaliste, écrivaine, oratrice flamboyante, politicienne, rebelle, pacifiste, antimilitariste acharnée, elle aura mené campagne contre le capitalisme, contre la médiocrité des esprits, contre la guerre, et oeuvré pour l'idéal qu'elle soutenait, durant toute une vie, et cela jusqu'à qu'une crosse de fusil et une balle tirée en pleine tête vienne la lui ôter.
Elle aura faire face à l'Histoire dans cette Europe qui peu à peu avançait vers son terrible destin. Emprisonnée, censurée, assassinée, rien n'a pu la faire taire.
Elle aura connue, l'espoir, l'amour, le désespoir, la haine, la solitude, la clandestinité. Mais jamais, à aucun moment, elle n'a renoncé à ses idées. Pas une seule fois elle n'aura mis genou à terre, pas une seule fois elle n'aura baissé la tête.
Elle aura soutenu tous les regards, dénoncé l'inacceptable.
Faisant preuve d'intransigeance, de cruauté parfois, elle était à chaque instant au combat.
D'une lucidité et d'une intelligence hors du commun, elle haïssait toute forme de dictature. Elle pressentait que la révolution bolchévique allait basculait vers le totalitarisme aveugle et bureaucratique, elle savait que la première guerre mondiale, cette boucherie n'était que le premier chapitre de l'horreur dans laquelle les puissances mondiales allait jeter des millions d'hommes.
Elle aura donné sa vie pour dénoncer, prévenir, prédire.
Jean Jaures opposant aux maîtres des machines de guerre fut assassiné, en France en 1914.
Rosa Luxemburg, fut assassinée en Allemagne en 1919, par une République usurpatrice qui mettait déjà en place toute la logistique nazie qui ne tarderait pas à se mettre en marche contre le destin de l'humanité. Merci à Max Gallo d'avoir mise en lumière, avec précision, l'historicité de son destin.
Astrid SHRIQUI GARAIN