Édition : Gallimard (livrel (Tite-Live), 11 Mai 2011)
ISBN-13: 9782072445675
Sa critique : Le chef d'oeuvre oublié !
Le Sang noir de Louis Guilloux
Oui, j’insiste, il faut lire «Le Sang noir» de Louis Guilloux sous peine, sous peine de, j’sais pas moi, sous peine d’ignorance de la nature humaine tiens.
«J’...[lire la suite]admire et j’aime l’oeuvre de Louis Guilloux, qui ne flatte ni ne méprise le peuple dont il parle et qui lui restitue la seule grandeur qu’on ne puisse lui arracher, celle de la vérité.» Albert Camus.
Cher lecteur, installez-vous bien inconfortablement dans ce chef d’oeuvre oublié de la littérature française que Jorge Semprun considérait comme l’un des plus grands romans du XXe siècle.
Plantons le décor. Sur scène, devant nous, tout près de nous, avec nous, à les toucher, à les sentir, à les écouter parler, crier, chuchoter et penser, des personnages uniques en leurs genres et pourtant si universels. Tous plus réalistes les uns que les autres. Guilloux se méfie de l’imagination comme de son ombre, comme de sa lumière. Il montre, il décrit. Il ne juge pas, il ne commente pas, il n’explique pas.
En coulisse, très loin, l’odeur de la boucherie des tranchées, le grognement ignoble des gueules cassées, le vacarme de la révolution russe, les cris des poilus mutins aussitôt fusillés.
Parfois le rideau frémit, une bise d’espoir, une brise de désespoir, le rideau se soulève et l’on voit tout: horrible!
Nous sommes en 1917 dans une ville de province qui pourrait être Saint-Brieuc, ville natale de Guilloux, qui veut, sans la nommer, nous parler d’elle. Ici l’avant c’est l’arrière.
Ce roman «qui offre de quoi perdre pied» (André Gide) transpire, respire à pleines pages Balzac, Céline, Nietzsche, Ibsen, Dostoïevski. Tout ça? Ben oui tout ça! «L’homme révolté» de Camus nous tend la main tout au long des pages. Mais ce roman bouleversant rit aussi à plein poumons comme une comédie de boulevard. Une vraie Comédie Humaine mon cher Honoré! Chacun y joue son rôle. «Ce qu’il y avait d’intolérable, c’est que c’était toujours l’épicier qui était l’épicier, l’avocat, l’avocat, que M.Poincaré parlait toujours comme M.Poincaré, jamais, par exemple, comme Apollinaire et réciproquement..."
Son «anti-héros» Merlin est professeur de philosophie (professeur de désordre) au lycée. A un an de la retraite. Ses élèves et les gens du village le surnomment Cripure car cet homme a mauvaise réputation. Cripure comme «Critique de la raison pure» (ou Cripure de la raison tique selon ses élèves) de Kant que ce professeur un peu loufoque aime tant commenter à ses élèves. Cripure donc a eu son heure d’importance à Paris: une thèse sur Tournier un philosophe (thèse jugée trop fantaisiste et refusée) et une étude sur la pensée médique. Il sait philosopher: «On vit comme si on avait une vie pour apprendre.» Imparable! Cripure est handicapé physique atteint d’une difformité si voyante.
Cripure le voilà et malgré ce portrait saisissant nous le prendrons en amitié. «Son petit chapeau de toile rabattu sur l’oeil, sa peau de bique flottante, sa canne tenue comme une épée, et cet effort si pénible à chaque pas pour arracher comme d’une boue gluante ses longs pieds de gugusse, Cripure avait l’air dans la rue d’un somnolent danseur de corde. Sa myopie accusait le côté ahuri de son visage, donnait à ses gestes un caractère ralenti, vacillant, d’ivrogne ou de joueur à colin-maillard.»
Louis Aragon disait de Cripure qu’il était «nécessaire à la pleine compréhension de l’homme d’aujourd’hui, une arme pour l’homme de demain contre l’homme d’hier.» Cripure fait bande à part dans le village. Il rejette le lache patriotisme des planqués de la grande guerre (officiers, ministres), il crache sur Dieu, l’argent et l’armée (depuis l’affaire Dreyfus). Mais il sait déjà que la révolution qui se prépare à l’est ne sera pas pour lui. Trop tard.
Cripure aura tout raté: sa carrière d’écrivain, ses amours... le Paradis artificiel sur Terre comme au Ciel! Il restera donc le bouc émissaire (à la peau de bique!) des «bien pensant» et des nantis. Ce Cripure c’est le portrait tout craché de Georges Palante le professeur de philosophie de Louis Guilloux lycéen à Saint-Brieuc. Palante, l’athée social, vénéré par Michel Onfray qui lui consacra son premier livre et adulé par Albert Camus, est le philosophe de l’aristocratisme individuel, l’auteur de «Combat pour l’individu» ou «La sensibilité individualiste». Palante était atteint d’acromégalie, une maladie dégénérative. Sa thèse avait été refusée. Tiens, tiens!
Mais dans ce roman il y a aussi Maïa la phénoménale compagne illettrée de Cripure, ses chiens à puces, son bureau poussiéreux bourré à craquer de livres, l’odieux Nabucet, le doux farfelu Moka, Faurel le député et son fils déserteur, Babinot le patriote ridicule, Kaminski le cynique et suffisant officier, Mme de Villaplane l’aristocrate déchue, Monfort l’étudiant poète-révolutionnaire, Glâtre le collectionneur d’images des catalogues de modes, la belle Toinette et son officier blond et beaucoup d’autres illustres copies conformes, informes, difformes à la nature humaine. De l’hypocrisie considérée comme un des beaux arts!
Simplement, avec pudeur et générosité, Guilloux sait révéler le Bien et le Mal qui déchirent les couples, empoisonnent les familles, attisent les luttes de classe, provoquent les guerres. A la vie, à la mort!
Cher lecteur, n’ayez pas peur des 600 pages. Elles se lisent à la mesure des courts chapitres (comme autant de nouvelles) qui rythment la lecture. Je vous le dis pompeusement, je pourrais écrire une thèse sur ce livre... Bon, pas sûr qu’elle soit acceptée par un académique jury bien pensant... «Ne vient de nous-mêmes que ce que nous tirons de l’obscurité qui est en nous, et que ne connaissent pas les autres.» Marcel Proust.
Le sang obscur comme le sang noir de ceux qui n’ont plus que l’apparence de la vie...
Mais c'est aussi un beau roman d'amour. "Maïa, rouge et échevelée, le visage ruisselant de larmes, luttait de son mieux contre ceux qui étaient trop pressés de contempler la mort d'un autre, et retrouvait toute sa véhémence, tout son génie de l'injure."
Louis Guilloux (1899-1980) est un auteur trop méconnu. Ami de Camus et de Malraux, admirateur de Conrad, son nom est associé au Prix Louis Guilloux décerné chaque année à une œuvre de langue française ayant une «dimension humaine d'une pensée généreuse, refusant tout manichéisme, tout sacrifice de l'individu au profit d'abstractions idéologiques».
Édition : Nil (livrel (Tite-Live), 2 Septembre 2011)
ISBN-13: 9782841115723
Sa critique : Paul-Jean Husson, Académicien, Officier de la Légion d'honneur, Croix du combattant 1914-1918, médaillé militaire, mutilé de guerre, groupe Collaboration : carte n°50-144 H, membre des Amis du Maréchal est un collabo. Il...[lire la suite] écrit une longue lettre à Herr Sturmbannführer H. Schöllenhammer. Nous sommes en 1942, dans une sous-préfecture de Normandie. C'est sa lettre à M. le Commandant. Ce livre de Romain Slocombe est publié dans la collection "Les Affranchis" chez NIL. Le principe de cette collection : "Ecrivez la lettre que vous n'avez jamais écrite". Dans cette lettre, Paul-Jean Husson va demander un service au Commandant allemand. Lequel ? Nous le saurons à la toute fin du livre. Je vous préviens d'entrée : ce livre est un coup de coeur soutenu...ou plutôt un insoutenable coup de poing ! Husson cite les Evangiles ("Malheur à ceux qui regardent en arrière."), Flaubert et fréquente le (beau ?) monde littéraire de l'occupation. C'est un homme cultivé. Mais Husson est aussi un collabo. Il hait les juifs, les protestants, les météques et les francs-maçons. Il l'écrit haut et fort dans ses articles qui paraissent dans la presse qui collabore à pleins poumons avec l'occupant nazi. Tout comme Céline, Maurras ou Jouhandeau. Entre de nombreux autres ! Son fils se marie avec la belle Ilse et part rejoindre de Gaulle en Angleterre. Il va renier son fils. Notre **** de Husson va tomber fou amoureux de sa belle-fille Ilse. Plus tard, il apprendra qu'elle est juive. Je ne vais pas vous en dire davantage. Tout d'abord parce que ce livre se lit comme un polar. Et puis parce que, je l'avoue, j'ai encore du mal à parler de ce livre. Il est magnifiquement écrit. Il dérange, trouble. Nous sommes les témoins voyeurs (complices ?) d'un personnage odieux mais éperdument amoureux ! Terrifiant ! Bouleversant ! Alors démuni, encore abasourdi, cher lecteur, je suis désolé de vous dire que ce livre est un grand, grand livre, qu'il faut lire absolument ! Je fais court mais ce livre en dit long, très long, sur la nature humaine...Tiens ça ne tiendrait qu'à moi, je vous obligerais à le lire !
Édition : Phébus (poche, 5 Janvier 2012)
ISBN-13: 9782752906441
Sa critique : La Valse de l'Amour retentit sous le chapiteau du cirque. Les Quatre Diables entrent en scène pour un numéro périlleux de voltige. Sur les trapèzes, dans les airs : Aimée et Louise, les deux soeurs et Fritz et Adolphe, l...[lire la suite]es deux frères. Achetés, élevés enfants à la dure par le père Cecchi, propriétaire de cirque. "Sur son corps les anciennes cicatrices se rouvraient et se mettaient à saigner, et le vieux collant était maculé de sang." "Et soudain, pendant que Louise et Adolphe tourbillonnaient comme deux roues éternelles autour de leurs trapèzes, une pluie d'or étincelant tomba du haut du chapiteau et s'évanouit enscintillant dans le flot laiteux des ampoules électriques. L'espace d'un instant, les Diables parurent voler à travers un essaim d'or, tandis que la poussière, retombant lentement, parsemait leur nudité de milliers de paillettes resplendissantes." Magnifique ! Aimée aime Fritz. Mais Fritz aime "la dame de la loge", une belle aristocrate fidèle spectatrice. Aimée et Fritz ont vécu toute leur vie ensemble, toute leur vie l'un à côté de l'autre. Les souffrances du travail car les saltimbanques, oui, les saltimbanques du cirque travaillent dur pour préparer leurs numéros, le froid et la misère quand le public est absent. "Dans l'écurie, les artistes, bleus de froid, tendaient leurs bras nus au-dessus d'une chaufferette, et les clowns sautillaient sur la terre battue, dans leurs chaussures de toile, pour se réchauffer." Terrible ! Aimée ne peut plus supporter cette infidélité de Fritz. "Et maintenant, elle était là, cette étrangère; et à celle seule pensée, l'acrobate serrait les dents dans la colère de l'impuissance, une colère désepérée, purement physique. Qu'est-ce qu'elle lui voulait, cette femme, avec ses yeux de chatte ? Qu'est-ce qu'elle lui voulait, avec ses sourires de garce ? Qu'est-ce qu'elle lui voulait en s'offrant comme une catin ? Le corrompre, le voler, lui dérober ses forces, le détruire ?" Cruel ! Fritz, allait-il finir ses jours dans un asile comme la troupe des Stars ? Allait-il se pendre comme Charles le jongleur ? Allait-il finir dans la rue comme Hubert ou Paul ? "Le désir, le désir triomphant, le désir dévastateur." Tout cela va mal finir... Ce court roman d'une centaine de pages est en réalité une longue nouvelle publiée en feuilleton en 1890. Les éditions Libretto republie aujourd'hui ce chef d'oeuvre oublié d'Herman Bang. Traduction du danois impeccable d'Isabelle Frambourg et préface éclairante d'Elena Balzamo. Herman Bang, né en 1857, est un écrivain majeur de la littérature danoise du XIXème siècle. Proposé pour le Prix Nobel de littérature en 1911, il le refuse. Ecrivain mais aussi journaliste, conférencier, acteur et metteur en scène d'Ibsen ou de Strinberg, il décrit la vie des petites gens qui souvent sombrent, corps et âme... Ici, Herman Bang vit le cirque : les répétitions, le spectacle, les soirées au foyer où le clown Tom "faisait de la musique en mettant de petits sifflets dans ses narines dilatées." Roulements de tambour... "Monsieur Fritz et mademoiselle Aimée vont maintenant exécuter le grand saut, sans filet." Entrez, entrez, cher lecteur, sous le chapiteau du cirque, ouvrez bien grands vos yeux, vous allez lire un livre époustouflant ! Vous allez trembler de peur, pleurer de tristesse...vous allez vivre des sentations inoubliables, entrez, entrez, cher lecteur, dans ce chef d'oeuvre d'Herman Bang !
Édition : Grasset et fasquelle (livrel (Tite-Live), 11 Mai 2011)
ISBN-13: 9782246785200
Sa critique : L’amour, toujours l’amour...
Une histoire d’amour, celle d’un professeur de philo et d’une coiffeuse, parfaitement racontée par Philippe Vilain.
L’amour sortira t-il gagnant de cette lutte des classes ?
D’un côté ce...[lire la suite] prof de philo parigo, François, cultivé, lecteur de Kafka et de Dostoievski.
De l’autre Jennifer, coiffeuse au salon de coiffure le «Friselis», lectrice de Marc Lévy et de Guillaume Musso.
Il lui fait des lectures, le soir au lit.
«Le diable au corps" de Radiguet.
Lui : «Dès les premiers mots, je fus captivé."
Elle : elle déteste ce François du roman, «ce type dont elle ne prononça pas le prénom".
Lui : il refuse de s’engager en amour. Il en fait presque sa philosophie.
Elle : divorcée, un enfant ne croit plus trop au prince charmant.
Lui : il théorise tout, sur tout.
Elle : elle croit à son horoscope.
Alors, une histoire sans lendemain ?
Et pourtant, et pourtant...
Ce thème de l’amour pris au piège des différences sociales n’est pas nouveau.
Balzac a déjà beaucoup, beaucoup donné dans le genre.
Mais Philippe Vilain s’en sort bien avec son écriture «analytique».
Un bon roman, aux apparences légères mais souvent lourd de sens.
Édition : Points (poche, 5 Octobre 2009)
ISBN-13: 9782757815137
Sa critique : Bouleversant !
Ce livre je ne l’ai pas quitté des yeux une seconde, sauf pour essuyer des larmes.
Hugo, petit garçon juif «aura onze ans demain.»
Pour le sauver du guetto et de la déportation, sa mère le confie à une ...[lire la suite]ancienne camarade de classe, Mariana.
Mariana est une prostituée au coeur «gros comme ça». Au péril de sa vie, elle va cacher Hugo dans un cagibis attenant à sa chambre. Dehors les allemands chassent les juifs. Dedans, les allemands cherchent du plaisir. L’enfant va vivre plus d’un an derrière les cloisons du bordel. Une initiation aux choses de l’amour à travers les silences, les cris, la violence, les rires, les odeurs...
Plus tard, les russes chassent les allemands.
Qui survivra au cauchemar ? Hugo ? Sa mère ? Son père ? Mariana ?
La traduction de Valérie Zenatti est impeccable.
Une histoire très très émouvante de séparations définitives.
J’ai eu beaucoup de mal à me séparer d’Hugo et de Mariana.
L’écriture d’Appelfeld est magnifique de tendresse et
d’humanité. L’imagination peut-elle sauver la vie ?
Édition : 13e note (livrel (Tite-Live), 9 Mai 2011)
ISBN-13: 9782363740038
Sa critique : Vous aimez le romancier américain John Fante ?
Vous aimez le rock’n’roll ? Le Velvet Underground ?
The Strokes ? Brian Jonestown Massacre ?
Ca vous dit rien tout ça ?
Pas grave, voici l’histoire des Kid Bombardos. T...[lire la suite]rois frères rockeurs originaires de Bordeaux. Basse, batterie, guitares. Point barre.
Pourquoi les Kid Bombardos ? C’était le nom de «ring» de leur arrière-grand-père boxeur. De quoi donner du punch en concert !
Ce que nous raconte Olivier Martinelli, c’est l’histoire de ce groupe, une sorte de road-movie quoi. Chaque chapitre a pour titre une chanson : comme «Trying To Find A Home» des Tindersticks ou bien «Sunday Morning» du Velvet. La bande-son est fournie, alors cher lecteur, branchez vos écouteurs mp3 et laissez-vous aller...monter dans le magic bus !
Bon mis à part que j’aime bien la musique proposée, mis à part que j’aime bien John Fante, le romancier américain qui influença Bukowski, mis à part que j’aime bien la «pt’ite" maison d’édition «13E Note Editions» qui publie Dan Fante, le fils de John (vous me suivez ?), et bien, et bien j’ai bien aimé lire ce roman «La nuit ne dure pas.»
Chaque membre de cette famille musicienne raconte, à sa façon, l’aventure du groupe. Les tournées, les soirées arrosées et enfumées, les concerts, les démêlés avec les maisons de disques, les amours et les désamours...
L’écriture de Martinelli est très très influencée par les romanciers américains type Fante, un peu border-line.
Phrases courtes, directes, sensibles et pudiques.
«Certains disent qu’on boit pour oublier. C’est des conneries tout ça. On boit pour se souvenir de tout ce qu’on a perdu...On boit surtout pour prendre conscience de tout ce qu’on va perdre.» Remplacez «On boit» par «On écrit», ça marche aussi !
«I now it’s only rock’r’roll but i like it»...
Pas mal, pas mal...