Billet

Publié le 10 avril 2017 à 11:43

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Avec Serge Ewenczyk des éditions çà et là

Le fondateur des éditions çà et là a accepté de répondre à nos questions, avec la même transparence revendiquée à chaque étape de création. Et puisque c'est avril, vous découvrirez comment votre obligée Libfly, que rien n'étonne plus, s'est laissée prendre par cette maison d'édition décidément farceuse.

<< Vous avez créé les éditions çà et là en 2005 et vous êtes d’emblée tourné vers la traduction en français de bandes dessinées étrangères inédites en France : cela reflétait-il un intérêt particulier ou fut-ce un jeu de circonstances ? Mis à part cette spécificité d’adaptation de titres étrangers, qu’est-ce qui caractérise votre ligne éditoriale, comment choisissez-vous vos titres ?
 
Il s'agissait d'un véritable choix. J'ai décidé dès la création des éditions çà et là de me consacrer exclusivement à la publication d'auteurs étrangers (d'où le nom de la maison). J'ai fait ce choix d'une part parce que je lisais déjà beaucoup de bandes dessinées étrangères (notamment anglo-saxonnes) et que j'ai un penchant pour les créateurs étrangers (en littérature, en musique ou en cinéma), et parce que, cela permettait par ailleurs de donner une petite spécificité à la structure, puisqu'en dehors des éditeurs de mangas ou de comics US, çà et là est le seul éditeur spécialisé dans le domaine étrangers.
L'autre caractéristique des ouvrages de notre catalogue est qu'ils sont le plus souvent ancrés dans la réalité, qu'il s'agisse d'autobiographie (comme la série American Splendor ou encore Mon Ami Dahmer, de documentaires (avec les livres de Darryl Cunningham par exemple) ou de fiction (comme le travail d'Andi Watson ou d'Anneli Furmark). Seuls quelques titres échappent à la règle (notamment les livres de Dash Shaw qui sont le plus souvent non réalistes).
 
    
 
<< Quasiment la totalité des titres que vous publiez sont donc des titres déjà parus dans leur langue originale : quelle est la part de votre intervention sur le livre ? Vous arrive-t-il de diriger un ouvrage encore non publié et souhaiteriez-vous le faire davantage ?  Qui réalise vos couvertures, toutes extrêmement saisissantes et à la fois très emblématiques de votre catalogue, comme si elles dégageait une certaine unité ?
 
Dans les premières années qui ont suivi la création de çà et là, nous ne publiions uniquement des titres déjà parus dans leur pays, en effet. Mais au fil du temps, nous nous sommes retrouvés en amont des projets, ce qui fait que sur les douze ou treize titres que nous publions chaque année, une bonne moitié ont été achetés "sur plan", avant d'avoir été publié dans leur pays voire même avant le début de leur réalisation. Nous sommes également devenu l'éditeur d'origine de certains auteurs (par exemple l'iranien Mana Neyestani, la taïwanaise Li-chin Lin ou le Syrien Hamid Sulaiman. Je suis alors impliqué dans le suivi éditorial de ces ouvrages (pour autant que l'auteur le souhaite, puisque certains sollicitent un avis de leur éditeur, d'autres non).  
Les couvertures de nos ouvrages sont parfois réalisés par les auteurs, mais la plupart sont réalisées par notre graphiste, Hélène Duhamel. Il n'existe pas de collection au sein de notre catalogue, chaque livre a son propre format, son papier, son type de façonnage (broché ou relié) etc. Le graphisme des couvertures peut donc également varier, mais il est vrai que nous privilégions une certaine sobriété, ainsi qu'en général, l'utilisation de polices informatiques pour les titres, qui peuvent donner une certaine cohérence à l'ensemble du catalogue.
 
  
 
<< Quel pays, parmi les nationalités des auteurs que vous publiez, vous semble aujourd’hui proposer une offre originale et novatrice en bande dessinée ?
 
Il me semble que les pays scandinaves sont devenus depuis quelques années une zone très dynamique d'où émergent de nombreux et talentueux auteurs, ayant chacun leur singularité. Pour ce qui concerne çà et là, on peut citer  Hilding Sandgren et Anneli Furmark (dont nous avons publié trois ouvrages dont Hiver Rouge qui a été en Sélection Officielle à Angoulême) pour la Suède et Ville Ranta (quatre titres à notre catalogue, dont l'Exilé du Kalevala, également sélectionné à Angoulême l'année de sa parution) pour la Finlande.
 
   
 
<< J’avoue avoir été très surprise par votre blog, et notamment la transparence que vous affichez non seulement sur le métier d’éditeur et ses coulisses, mais surtout sur l’économie du métier puisque vous affichez pour chaque année votre nombre total de ventes, la moyenne et la médiane des ventes, tout en fournissant une analyse détaillée de ces chiffres. Qu’est-ce qui motive cette absence de réserve, pourtant souvent de mise dans le métier ?
 
Je publie les chiffres de nos ventes depuis plusieurs années par soucis d'information. Je trouve que trop peu de personnes connaissent la réalité des ventes de livres en général, et de livres publiés par des éditeurs indépendant en particulier. Il me semble important que les gens puissent avoir un ordre d'idée de ces ventes, qu'ils sachent que les livres se vendent en moyenne à moins de 2 000 exemplaires, quelle que soit la taille de la maison d'édition. C'est à mon avis une information intéressante à intégrer, d'une part pour les professionnels du livre (librairies, bibliothécaires, journalistes), qui bien souvent ne connaissent uniquement les rares chiffres publiés,  (ceux des best sellers, qui ne veulent donc pas dire grand chose), mais aussi pour les lecteurs qui peuvent ainsi se rendre compte à quel point chaque vente compte et à quel point il est compliqué pour un auteur de vivre de sa plume.
 
 
<< Vous avez lancé en début d’année, dans la même veine, une application qui permettra de suivre la progression des auteurs pendant la réalisation des ouvrages, notamment. Aviez-vous besoin d’un lien supplémentaire avec votre lectorat ?
 
Si vous regardez la date de publication de cette information sur notre blog et sur notre page facebook, vous verrez qu'il s'agissait du premier jour d'avril et donc que cette information était donc un canular, visant à attirer l'attention de façon satirique sur les risques liés à l'utilisation des données personnelles sur internet (sujet de notre parution de mars, Dans l'ombre de la peur, le bg data et nous). Je n'ai aucunement l'intention de proposer à nos lecteurs une application qui leur permette de "mettre la pression" sur nos auteurs en retard (et j'espère que cela n'existera jamais !)
 
 
<< Enfin, Libly étant un réseau social de lecteurs, pourriez-vous nous donner le titre d’un ouvrage qui vous durablement marqué ?
 
Il m'est impossible de citer une bande dessinée en particulier, je peux dire que les ouvrages suivant ont été important pour moi, dans le désordre: Corto Maltese de Pratt, L'Incal de Moebius et Jodorowsky, Philémon de Fred, Gaston de Franquin, Les Dingodossiers de Gotblib et Goscinny, Watchmen de Moore et Gibbons... 
 
Un grand merci à Serge Ewenczyk.

3 commentaires

  • afbf
    Le 10 avr. à 22:12

    Enfin une blague de 1er Avril!

  • AliceAGH
    Le 20 avr. à 21:50

    J'ai plusieurs fois eu l'occasion de lire des BD de cet éditeur, toujours de grande qualité, avec toujours un oeil sur la société. Une métamorphose iranienne de Maya Neyestani est indispensable !

  • Evlyne

    Evlyne

    Le 12 mai à 06:28

    Super présentation!!!!!!!!!Merci Céline et Serge Ewenczyk !!!!!!C'est toujours très classe de nous faire connaître tant de BD qui donnent envie de les lire de suite et pour longtemps!!!!!

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