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Publié le 25 juillet 2016 à 10:18

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L'expérience de La Persistance du froid

Beaucoup de livres sont passés et passeront entre mes mains. Cependant, il est aujourd’hui peu d’œuvres qui m’ont fait ressentir ce que j’ai éprouvé à cette lecture. Je fus, tout au long de cette découverte, décontenancée, malmenée, méfiante, parfois même peu encline à me laisser porter mais j’ai tourné la dernière page définitivement charmée et profondément émue. Aussi, je remercie infiniment Libfly, les éditions Quidam pour cette rencontre hors du commun réalisée grâce à la Voie des Indés.

  Trembler jusqu’au plus profond d’une chair que rien ne saurait réchauffer, avoir une conscience absolue de ne plus être en capacité de conserver un peu de vie en soi. La Persistance du froid est de ces moments de lucidité aveuglante où certains ressentent le poids de leur solitude sur leurs épaules pendant que d’autres continuent à s’ébrouer. Parfois, il suffit d’une action, d’un geste, de la prise d’une décision pour qu’indirectement un peu de soleil et de lumière soit ramenés dans ces corps  frissonnants. L’effet papillon se propage alors, mêlant les êtres, entrecroisant les destins d’un continent à l’autre.

En découvrant l’œuvre singulière et sublime de Denis Decourchelle, on ne peut que se remémorer le superbe film Magnolia de Paul Thomas Anderson. A l’image des acteurs de ce chef-d’œuvre du septième art, les personnages de La Persistance du froid interagissent sur les existences des uns et des autres, bouleversant le cours des choses. Roman mosaïque où les phrases longues semblent se propager en ondes concentriques dans une musicalité extraordinaire, surprend autant qu’il émeut.

 

  "Son corps n’avait plus d’âge, ballot de papier crépon mal ficelé, grand fagot de branches douloureuses dans les mouvements absurdes s’enchevêtraient – vêtement naturel d’éponge sèche, outre mal cousue, assemblage de cardans faits d’os et de nerfs combinant tous les plaignants du magicien d’Oz."

 Le lecteur promené de Chicago à Royan en passant par la Pologne se perd dans les limbes d’un dédale de mots l’entraînant toujours plus loin au niveau émotionnel. L’exil, l’aliénation, l’amour, la douleur d’être au monde hantent ces pages portées par des personnages universels et entiers.  Il est difficilement concevable que cette œuvre soit un premier roman tant elle tutoie l’excellence. Sublimée par une prose exsudant la poésie où les allitérations sont légion, La Persistance du froid est de ces livres qui prennent aux tripes et dont on retarde volontairement l’issue.

5 commentaires

  • Aurélie Libfly
    Le 26 juil. à 10:44

    En effet quelle expérience...

  • Rebelde
    Le 26 juil. à 15:02

    Une lecture inoubliable!

  • NickCarraway
    Le 28 juil. à 09:17

    Une plume juste, mesurée, semble-t-il. Cela donne envie de le lire, bien évidemment. Saluons également la qualité de ce billet qui, avec style, nous fait ressentir une future lecture riche et particulière.

    • Rebelde
      Le 28 juil. à 11:50

      Merci NickCarraway. En espérant que cette lecture vous touchera tout autant si vous vous aventurez dans ces pages si singulières.

  • Evlyne

    Evlyne

    Le 4 août à 14:21

    Merci Rebelde pour cette belle chronique travaillée avec perfection . Je suis toujours très touchée de lire de belles choses sur les livres et leur auteur . Bonne journée des plus littéraires!!!!

A propos

Il règne sur mes étagères un joyeux désordre. Ellroy côtoie Salem, Edward Abbey se dispute une place avec Eduardo Chaves. Richard Bohringer s’est glissé tout près d’un recueil de Rimbaud. Tennessee Williams et Albert Camus accueille un nouveau venu qui n’est autre que James Welch pendant que Dino Buzzati échange avec Juan Rulfo. Le neuvième art occupe également une place de choix. Ainsi, Frank Miller, Breccia, Didier Comès sont obligés de se serrer…La faute à Danijel Zezelj dont je dévore insatiablement les œuvres. Des classiques connus et reconnus aux œuvres empreintes de noirceur ou versant dans le loufoque. Des histoires les plus originales au nature writing. Du polar à la poésie, mes goûts sont plutôt éclectiques. Je lis au gré de mes humeurs et de mes envies.